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Accueil du site > Littérature maritime > Les aventures du capitaine Kerdubon > l’ara bleu

Rubrique : Les aventures du capitaine Kerdubon

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l’ara bleuVersion imprimable de cet article Version imprimable

Publié 29 avril, (màj 29 avril) par : Collectif Salacia   

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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

NDLR merci à “Kerdubon” capitaine, marin, conteur et explorateur...

 

 

L’ara bleu

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Singapour et le détroit de Malacca

Le « Mézidon » remit Cap au Sud Est dans le détroit de Malacca, sa prochaine escale serait l’île de Singapour, située comme chacun le sait à l’extrémité de l’étroite et étrange péninsule partagée entre le Siam, la Birmanie et la Fédération Malaise.

Depuis que Monsieur Rafles, modeste employé de la Compagnie des Indes acheta pour le compte de la Grande Bretagne cette île inhabitée en 1819, on avait acquis une très bonne notion de l’expression rafler... comme souligna Joachim Kerdubon, qui contemplait d’un œil allumé par les feux du soleil couchant, les hautes montagnes bleutées de Sumatra barrant l’horizon tribord.

La routine de la vie en mer avait repris ses droits, c’est ainsi que les radioteurs concurrents du sans fil généralement désintéressé des nouvelles sans rapport avec sa profession, collèrent leur oreille sur leur radiova, le dernier des superhétérodynes alors à la mode chez les navigants, à cause de sa miniaturisation déjà poussée... Vivement qu’on invente le transistor... pour capter quelques nouvelles de la mère Patrie, et alimenter ainsi... radio-coursives.

 

1946 : l’allure du monde depuis le pont d’un « Liberty ship »

Ils apprirent et firent savoir que les époux Rosenberg étaient condamnés à la chaise électrique, que le Président de la République, Vincent Auriol de retour des USA avait profité du courant... non pas celui de la chaise à griller, mais du courant d’opinion anticommuniste des Américains, pour ramasser dans sa musette, quelques TMB et corsairs, des avions embarqués sur les porte-avions américains pendant la seconde guerre mondiale.... ainsi que d’autre matériel de guerre rescapé de la guerre du Pacifique... le neuf plus moderne, servant à Mac Arthur pour remonter victorieusement vers le 38ème parallèle en Corée... personne ne se doutant que les Chinois enfilaient déjà leurs vestes matelassées et bourraient de riz leurs boudins de ravitaillement.

En Indochine, destination finale du liberty de Monsieur Barbe, le général de Lattre de Tassigny, était en train... lui aussi... de faire reprendre du poil de la bête à notre corps expéditionnaire, grâce à ses opérations d’anéantissement, qui assénaient de rudes coups au Viet Minh de l’oncle Ho Chi Minh.... Par la même occasion, il gagnait son bâton de Maréchal... mais ne le savait pas... car depuis Pétain, la République reconnaissante... préférait attendre la mort de ses généraux.... la veuve profitant alors de la promotion.

Les parlotteurs dont notre ami Kerdubon, écourtèrent leurs parlottes vespérales, pour se joindre aux belotteurs du soir... ce qui fit que les parties n’étaient plus aussi silencieuses que des complies, surtout lorsqu’au troisième mille, les perdants envoyaient La Misère  [1] chercher une bouteille de sec ou de doux, pour égaliser les niveaux dans le bar et... les estomacs. Bien entendu, le Maître d’hôtel devait ouvrir la bouteille en présence de l’assemblée... la confiance ne régnant plus à son endroit, on lui laisserait le bouchon à sucer !

Les potins de coursive

Le 3ème mécanicien, était un ancien de la France libre qui avait choisi en son temps les combats incertains... avant d’être glorieux... à la passivité occupée, et surtout au STO. Il faisait figure de briscard à côté de Joachim et des autres jeunots, sans parler des élèves et pilotins. De ce fait, dès qu’il se lançait dans le récit d’un souvenir, jamais avant deux ou trois gorgeons, le silence se rétablissait, et les oreilles s’ouvraient à sa musique qui n’avait rien de vraiment... fayot fayot.

  • Il y a un an, j’étais sur le « Mont Faron », un liberty de la Compagnie Figuenoix de Marseille.. Bien entendu, dans cette compagnie dont les équipages sont majoritairement de « l’île de beauté », le Maître d’hôtel s’appelait... Antoine... si non, c’eût été Dominique !... Comme « La misère » ici, il était chargé de nous servir ce godet de la victoire. Il ne se faisait jamais prier car par hasard lorsqu’il jouait avec nous... pour faire nombre, il était toujours dans le camp des gagnants.... or mes amis, le Second Capitaine également présent dans une équipe... tous les soirs... réclamait... une infusion !
    • De la tisane ?
  • Comme je vous le dis !... Et bien chaude !... ne manquait-il pas de préciser ! Antoine ne l’aimait pas... ce second, oh non... pas du tout !... non pas à cause du supplément de boulot, mais parce que l’animal... qui refusait de l’alcool... en public, ponctionnait « en Suisse »... une cave bien garnie... dans sa cabine... qu’Antoine avait en charge, pour faire la bannette et le nettoyage et quotidien
    • Tu sais vieux, ton histoire est banale... on en a vu plus d’un souffler sur sa tasse à café remplie... de vin rouge !
  • Attendez les gars !... ajouta le 3ème en claquant la langue après l’absorption d’un bon centilitre de Rémy Martin.... Lorsqu’en 45, la 2ème DB [2] où j’étais... se retrouva en Autriche, nous avons commencé à trouver que c’était bien loin de la... grande bleue !... Nos pompons rouges de fusiliers marins nous chatouillaient le moral... alors ils nous envoyèrent en repos à... Marseille. !... Tu parles d’un repos !... Les marins ont toujours été des explorateurs, et rapidement, nous avons découvert les « bons coins » de la capitale Phocéenne, lieux plus proches... de l’enfer du vice que de Notre Dame de la garde !
    • Chacun approuva d’un air entendu... d’autant plus que le Mézidon en sortait !... Toute fois, une question fut posée.
      Quel rapport avec le liberty « Mont Faron » ?
  • Cessez de rire... mon histoire devient positivement dramatique !
    • Aaahhh... Vas-y donc aussi quoaahhh  !... Et le silence se refit, les tenaces mouches asiatiques, reprirent leur vols circulaires autour de la table, on pouvait les entendre bourdonner... car un liberty était un navire silencieux.
  • Ben... voilà !... les tordus de l’Etat-major voyant que la guerre s’achevait en Europe, décidèrent de nous envoyer en Indochine... soi-disant contre les « Japs »... et en même temps nous octroyèrent une confortable prime... pour faire passer la pilule
    • Vous pouviez pas refuser ?
  • Impossible, nous avions signé... « pour la durée de la guerre » !
    • Quand on a signé ... on a qu’à « morfler » !
  • Donc le soir même, prime en poche, cap sur la boite en vogue... « l’ara bleu  » !... Mais là, quelle déconvenue, le patron averti avait plus que doublé les prix de la veille... on imagine comment ce manque de civisme le plus élémentaire fut apprécié... Refus de paiement... refus de servir... on reviendra en force... fermeture précipitée du rideau de fer.
    • Oh les pourris de maquereaux !
  • On était furieux  !... reprit le 3ème mécano un instant interrompu par une exclamation... sortie du cœur compatissant de nos amis.... Il fallait une riposte de taille... L’honneur des héros et de la France était en jeu ! Courette à la caserne, le matériel était gardé par les copains de service... Prendre un « Half track », quelques bandes de munitions n’était même pas une formalité... « full speed » cap sur l’objectif, mise en position face à l’Ara bleu, armement de la 12,7, quelques coups de semonce pour faire ouvrir.... et amorçage du découpage à la mitrailleuse ! Ah les gars vous auriez vu çà !... Un vrai régal !... On est rentré là-dedans sur les chapeaux de chenillette.... Il restait peu de bouteilles intactes, mais nous savions que la cave était derrière le bar.... Bien décidés à revenir mains et poches pleines... sus à la réserve !.... Aplati derrière le bar, se trouvait le barman... intact... mais vert de peur. Il nous donna un coup de main a vider la cave... sûr qu’il s’en souviendrait !

Dans la marine, les traditions perdurent

Chacun rit de bon cœur, l’aventure était formidable. Revint la question : Et le rapport avec le Mont Faron  ? Il y tient çui citte... aussi quoaahh... ricana Joachim en se moquant de l’interrogateur

  • Eh bien... cette histoire d’« ancien de la 2ème DB à Marseille », il y a un an, je la racontais sur le « Mont Faron »...comme ce soir, et Antoine qui écoutait comme vous tous... le pot de tilleul du Second à la main, nous dit : « Té... si je m’en souviens !... le barman... c’était moi !  »
    • Et le second là-dedans... à part sa tisane que vient-il faire  ?
  • Ah oui justement... quand Antoine débarqua six mois plus tard, il vint en plein service nous faire des adieux touchants... me remerciant tout particulièrement de lui avoir laissé la vie sauve à Marseille en 45, et se tournant vers le second, il lui dit : « Vous l’hypocrite... il faut que je vous dise que depuis six mois... tous les soirs... j’ai craché [3] dans votre tisane !

 

 
Kerdubon


[1] ndlr : le maitre d’hôtel du Mezidon

[2] Pour les ignorants : Le RDBFM-Régiment blindé des fusiliers marins...faisait partie de la 2ème Division Blindée du Général Leclerc...encore un qui finira Maréchal...post mortem !

[3] ndlr : pudeur d’auteur, il a vraisemblablement pissé dedans !!!

UP


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1 Message

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  • 29 avril 16:27, par Négofol écrire     UP Animateur

    Un détail : le fondateur de Singapour est Sir Thomas Stamford Bingley Raffles avec 2 f...
    Le jeu de mots initial est donc approximatif.
    Né a la Jamaïque en 1781, Raffles a été très vite beaucoup plus qu’un modeste employé de la Compagnie des Indes, puisque gouverneur de Java en 1812 et ennobli en 1817 !

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