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Accueil du site > Littérature maritime > Les aventures du capitaine Kerdubon > Singapour une perle sur la couronne

Rubrique : Les aventures du capitaine Kerdubon

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Singapour une perle sur la couronneVersion imprimable de cet article Version imprimable

Publié 12 mai, (màj 11 mai) par : Collectif Salacia   

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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

NDLR merci à “Kerdubon” capitaine, marin, conteur et explorateur...

 


Note [1]
 

Singapour


La perle de la couronne

 
La tête penchée en arrière, ce qui forcément amenait l’arête de son grand nez presqu’à l’horizontale, haut perché à cause de la grande taille de notre ami, Joachim à l’œil vif, contemplait les façades blanches comme de la craie, les piliers et pignons ornés de motifs sculptés et de statues, des immeubles commerciaux et des banques cernant la grande place.
Cette place était la Mecque du style colonial Victoria et la ville entourant cette place, le nombril de la finance, le nec plus ultra de l’Empire Extrême Oriental Britannique. Ses habitants par ailleurs... considérant Hong Kong... autre nombril... comme de la roupie de sansonnet..... certains allant même jusqu’à confondre le nombril, avec une autre ouverture anatomique... dorsale celle-ci.

La fumée de centaines de milliers de petits foyers familiaux du million de petites fourmis chinoises, malaises ou hindoues des habitants de l’île de Singapour, n’avaient pas réussi à noircir ni même ternir, la superbe pierre de taille blanche, à l’instar de London.
Il faut d’ailleurs dire ceci, pour clore définitivement le bec des oiseaux anglophobes, que la purée de pois responsable des retombées de suie n’existe plus... depuis que d’autres sources de calories ont justement remplacé la tourbe et le charbon... Sous les tropiques, on ne sait même pas ce que c’est !

C’était le triomphe absolu et probablement immuable du blanc... il n’y avait que cinq ou six ans que les plus balaises des jaunes... les Japonais avaient mordu la poussière. Pour venir à bout de ces magnifiques constructions... dans le quartier des affaires pour commencer... cela va de soi, il faudra attendre bien plus tard, la puissance des bulldozers. Ces magnifiques constructions en pierre de taille, seront remplacées par... des buildings immenses et hygiéniques... de verre et de béton... terminée la blancheur de la ville, et de ses colonialistes, car « Spore » comme disaient les résidents, sera indépendante et jaune. Ayant quitté la Fédération Malaise en 1965... trop riches, les Chinois... qui n’ont rien à voir avec ceux de Mao, ne pouvaient cohabiter avec leurs voisins continentaux d’origine malaise... décidément... trop pauvres.... C’étaient les néocolonialistes ! De nos jours, l’île de Singapour... est un immense... supermarché, et lorsqu’on connaît les Chinois... on se demande comment leur administration a pu les obliger à cesser de... cracher dans la rue ! Quant aux Anglais, c’est en 1959 qu’ils abandonnèrent cette perle de la couronne... ce qui fit se retourner dans sa tombe... le très honorable Monsieur Rafles.

La tête de Kerdubon revenue dans une position verticale, son regard contempla le flot peu bruyant de la foule qui s’écoulait de chaque côté de son véhicule. D’autres pousse-pousses cornaient avec des poires aux différentes tonalités... les gens ne s’en occupaient guère... qu’avaient-ils donc à faire dans ce quartier administratif sans magasins ni boutiques ?

Dans cette foule bigarrée, on distinguait des Anglais avec on s’en doute, leurs fameux... shorts immaculés, longs et larges comme des... jupes culottes. Dignes comme des... lords, ils allaient vers quelque rendez-vous avec... d’autres V.I.P. Ils tenaient une serviette de cuir d’une main... l’attaché case n’étant pas encore inventé et de l’autre secouaient avec vigueur sur un rythme régulier, un long parapluie noir, le traditionnel Chamberlain... bien qu’on soit en saison sèche, mais sait-on jamais... quant après ses ancêtres, on a travaillé dans la city, il est difficile de laisser ses habitudes et son hérédité sur un quai de Southampton... même si on part vers des pays ensoleillés. Leurs visages glabres, rubiconds ou verdâtres... selon leur ancienneté dans la colonie... et leur capacité d’absorption de lager-beer Tiger des Malayan Breweries Ltd, reflétaient le sérieux d’hommes... absents. Ils allaient, contemplant leur... intérieur, n’ayant même pas besoin de dire Trima kasi... merci beaucoup... lorsqu’un coolie chargé d’un énorme ballot sur le dos, descendait du trottoir pour leur céder la place.

Raffles hotel

L’infatigable pédaleur, chemise au vent, short ultra court, mollets d’acier, et pieds nus sur les pédales, sa cage à roulettes avec son honorable passager... comme disait Kerdubon, quittèrent Victoria street pour regagner la beach road, et arrivèrent au “Raffles Hôtel”, lieu du rendez-vous entre notre ami et le Radio du Mézidon.

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Hôtel Raffles
  • Ben gast... t’as pas choisi le « plus pitit » des bistrots !
    • Of course... my dear... ce palace est le plus grand des « hauts lieux du coin... à part le théâtre. Dans ces sièges de cuir de la « terrasse » ou tu semble avachi... les fessiers les plus distingués de l’histoire coloniale, les postérieurs des plus grands « reporters », des géants de la presse du début du siècle, les arrière-trains des plus illustres voyageurs... avec ou sans bagages, ont du lâcher... quelques vents coulis et sournois.
  • Et mon modeste cul... est-ce du « chicken »... my friend ?

Par respect, en mémoire de toutes les célébrités passées et trépassées, nos amis levèrent le coude, faisant ainsi baisser... comme par magie, le niveau de leurs verres... en cristal.

  • Nous n’allons pas nous éterniser dans cette luxueuse nécropole, on m’a conseillé d’aller au « Tiger balm garden »... j’y ai rendez-vous... je t’embarque si tu veux !
    • Pardi... ben voyons... seront-elles deux à ton rendez-vous ?
  • Çà m’étonnerait qu’une Chinoise vienne seule... Il y aurait comme un ... malaise !
    • J’préférerais une... Malaise aussi quoaahh !... Et se tournant vers le maître d’hôtel vêtu d’un immaculé spencer blanc :
    • Garçon... zeu bill... and esse vi pi... ouane taxi-noto...

Il lui sembla entendre “Yes sir”… et en aparté : “bloody french men !” Il s’était rendu compte que son arrivée en cyclo-pousse... avait fait... mauvais effet sur les consommateurs environnants. Tandis qu’un voisin de la table d’à côté, un gros rubicond, qui avait daigné laisser tomber son regard... toutefois réprobateur sur nous, parlait de tradition… Joachim se tourna vers l’individu.

  • Notre présence vous déplaît ?... demanda-t-il.
    • Not exactly !.. .répondit l’homme qui détourna brutalement sa tête devenue encore plus rouge.
  • Çà tombe bien !... ajouta-t-il à voix très forte d’un air outré… But sorry si j’vous demande pardon Sir... It is because your fly open (Votre braguette est ouverte)... we are embarrassed... It is really shocking !...
    • Le modeste fonctionnaire de Sa Gracieuse Majesté baissa la tête, devint complètement cramoisi et se leva pour partir, en dissimulant son indignité dévoilée, derrière le Financial Time... vieux de trois mois... qu’il apprenait par cœur !

J’ai entrevu ce Raffles Hôtel a moitié disparu, encagé, entre des immeubles dans les années 80.... Il semblait ridicule... à côté des immenses buildings palaces, comme…une vieillerie non hygiénique qui devrait bientôt céder la place à un supermarket.

Enterrement Bouddhiste à Singapour

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la Bundt

Le taxi de la ville les emporta par l’esplanade. Dans cet ensemble verdoyant, une multitude de jardiniers s’affairaient autour des massifs de lumineuses fleurs multicolores. Puis ils virent après être passés devant le théâtre, sa majesté Victoria qui contemplait l’horizon lointain. Cette statue est la même dans toutes les villes d’Angleterre et de ses colonies.... pour sûr que le gars qui détient le moule... a du faire fortune depuis longtemps !

Par derrière l’immeuble du gouvernement, ils longèrent la Bundt très large en cet endroit... La rivière de Singapour était malgré tout invisible, car elle était recouverte de sampans, résidences principales d’une faune toute particulière. C’est seulement en franchissant la rivière par un pont, qu’ils virent un étroit chenal libre permettant le passage. Cette eau libre était limoneuse. L’odeur puissante de terre mouillée, d’immondices pourrissants, et d’urine, parvint aux narines de nos amis... ce qui fit ... qu’ils ne furent pas loin de penser que la ville... sentait la rose.

Dans un épouvantable grincement de freins fatigués, le taxi qui jusque là avait avancé gentiment sans difficulté majeure, à travers une foule fluide, stoppa au carrefour juste à toucher le dos du Bobbie... policeman typiquement British dans son uniforme réglementaire.
Bras écartés, imperturbable, l’agent réglant la circulation se retourna... et la face lunaire aux yeux bridés d’asiatique super nourri... de riz... prononça quelques mots au taxi driver qui se fit humble et soumis. Il se tourna vers ses deux passagers :

  • A man dead... we must stop for five minuts !
    • Arrête ton char... J’ai bien vu que tu ne l’as pas écrasé !... d’accord il s’en est fallu de peu... mais faut tout de même pas exagérer !

La foule s’arrêtait également derrière les bras tendus de l’agent de police, s’amassant petit à petit autour du taxi. L’avenue perpendiculaire se vida de toute circulation., les gens stoppant sur les trottoirs.

Une fanfare arrivait, jouant une marche militaire. Elle était suivie de gens très dignes, et costumés de smokings. Ils portaient des bannières aux couleurs vives où s’étalaient des inscriptions chinoises. Une autre fanfare à caractère moins militaire succéda, suivie d’autres gens portant d’autres banderoles. Plus curieux, des jeunes gens qui avaient l’air de s’amuser, tiraient des petites remorques très basses, portant chacune, une statue d’une divinité du panthéon bouddhique. Ces bons dieux à roulettes... commenta Joachim furent suivis de dragons plus importants et de chariots de fleurs avec des inscriptions... comme sur nos couronnes mortuaires. Les gens vêtus de blanc, ou en frac noir, fumaient, riaient... comme à la fête.

  • C’est un enterrement Bouddhiste !
    • N’ont pas l’air de regretter le défunt... gast donc !... Vois-les !... Ma parole, ils sont saouls !... regarde les, ils interpellent grossièrement... les femmes stationnées sur les trottoirs !

Un camion camouflé en énorme pagode succéda. Il était couvert de fleurs, et avançait au pas du cortège. Le cercueil du mort était entrebâillé pour qu’on voie la tête du client... pas de doute, c’était bien lui !... Il ressemblait aux gigantesques photos et portraits peints, que des jeunes gens vigoureux brandissaient sur les plateaux des camionnettes suivant l’étrange catafalque.
Une procession de Rolls et voitures Américaines rutilantes, contenant sans doute la famille et les amis... termina... la représentation.

La foule se remit en mouvement sur les trottoirs. Les tailleurs hindous rentrèrent dans leurs échoppes, les Sikhs barbus reprirent leur faction devant les boutiques des bijoutiers éclairées nuit et jour comme des vitrines... pour Noël.
L’agent de police du carrefour baissa les bras, regagna le centre du carrefour, fit signe au taxi de reprendre sa course. Le chauffeur, nos amis, et la voiture arrêtée derrière, étaient d’accord... mais le moteur de l’Austin 1937... refusa de démarrer.
Sans que personne ne dise rien, une grosse poignée de volontaires anonymes poussa la guimbarde... qui toussa... cracha une fumée noire... et s’emballa car le chauffeur ayant gardé le pied à fond sur la pédale de l’accélérateur.
Une fois de plus, par miracle, le policeman échappa à la mort dans un rapide jeu de jambe... “véronique impeccable... Olé !

La pagode du Grand Bouddha


Le véhicule passant assez rapidement devant une pagode Hindoue ils ne purent voir que la porte. C’était comme une sorte d’arc de triomphe surmonté d’une pyramide de statues enchevêtrées sur six hauteurs. Animaux de toute sorte, êtres humains se soutenant mutuellement, comme pour une ascension... vers les cieux.
Leur exclamation étonnée attira l’attention du chauffeur de taxi, qui se retournant... au risque de renverser un bon nombre de piétons, ou de charrettes à bras... tenta de leur expliquer... la supériorité du Bouddhisme sur l’Hindouisme... par la suppression des castes par Gautama... c’est à dire Bouddha. Pour preuve de ce qu’il avançait, il stoppa son véhicule cacochyme devant la pagode du Grand Bouddha couché, et les invita à y pénétrer.

Le gros Bouddha était couché sur le côté, légèrement soulevé sur son coude droit... çà on connaît... mais de telles couleurs si réalistes... il faut le voir pour le croire, et pour juger en effet... de la supériorité de cette religion.
Le visage bouffi de couleur chair, aux pommettes rosées, au menton légèrement bleui par l’ombre d’une barbe rasée de très près, les cils peints un par un sur les paupières mi-closes des yeux bridés, les lèvres rouge baiser, rouge à lèvre à la mode à l’époque et bien connu des dames... et demoiselles, surtout celui... qui ne laissait pas de trace après... un baiser.... c’est sulpicien, le sarong vert et or... passons, de même l’espèce de tiare et le cercle d’ampoules allumées, pour figurer l’aura... mais, pour les oreilles retenant la tiare à poste : là, c’était indéniable... ces incroyables oreilles... d’éléphant, aux lobes en gouttes d’eau tombant jusqu’aux épaules, montraient que ce Bon Dieu... était grée pour écouter... à défaut d’entendre... ses fidèles adorateurs... ce qui est rare, il faut en convenir !

S’approchant de la sortie, là où... on doit... cracher au bassinet... pour les pauvres de la paroisse... comme de bien entendu... d’ailleurs, toutes les religions n’ont-elles pas ce point commun, trait d’union universel entre toutes les croyances la quête  ?, ils virent devant un autel où les pratiquants venaient brûler des bâtons d’encens, deux bonzes en robe safran, et le crâne rasé, qui... jouaient aux cartes en fumant la cigarette !

  • Taper le carton dans une église... faut l’faire !
    • Surtout lorsqu’on est curé !.... tout fout le camp !
  • Attends que Mao fasse sa bible... çà va changer !
    • Ah gast ! ... un p’tit livre de pensées rouges... c’est moins long à lire que les quatre évangiles où les livres Bouddhistes !... et çà pourrait suffire... aussi bien donc !
  • Tu verrais nos « intellectuels de gôôche »... en feraient un best seller !

 
Kerdubon


[1] L’aquarelle de Kerdubon est signée de 1992, année ou avec Mme Kerdubon, il a effectué un pèlerinage touristique en orient

UP


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1 Message

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  • 16 mai 18:21, par Négofol écrire     UP Animateur

    L’hôtel Raffles vient d’être rénové et reste le joyau de l’hôtellerie se Singapour...
    Il fait maintenant partie du groupe Accor !

    Ce qui est marrant est que Singapour, après une frénésie de modernisation qui avait amené à raser les vieux quartiers chinois en reconstruit de neufs pour faire un peu couleur locale...
    Mais ils n’ont pas reconstruit Bugis Street comme dans les années 70-80...

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