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Accueil du site > Grand Voyage > Polynésie > Escales exotiques - L’ukulélé fait danser

Rubrique : Polynésie

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Escales exotiques - L’ukulélé fait danserVersion imprimable de cet article Version imprimable

Publié Décembre 2017, (màj Décembre 2017) par : Collectif Salacia   

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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

NDLR merci à “Kerdubon” capitaine, marin, conteur et explorateur...

Escales exotiques - L’ukulélé fait danser

 

 

Le « Ravenscrag » un navire britannique arriva aux îles Sandwich (Hawaï) en 1879, après un voyage de cent vingt-trois jours depuis Madère. il apportait quatre cent vingt-huit coupeurs de canne à sucre en provenance de Madère. Poussés par la misère comme leurs compagnons de voyage, trois d’entre eux luthiers de profession débarquèrent avec leur cavaquinhos, une mini-guitare à quatre cordes.

Les indigènes peu doués pour tailler la canne à sucre, l’étaient pour celle du bois. Musiciens dans leurs racines, ils ne furent pas long à imiter l’instrument portugais pour en faire l’ukulélé qui se répandit dans toute la Polynésie. Les voyages d’une île à l’autre, d’un archipel à un autre sur de grandes pirogues se pratiquaient encore, avec des échanges nombreux. La musique, le chant et la danse a toujours été l’occupation préférée des Polynésiens, depuis qu’ils n’avaient plus de combats tribaux...

Les Tahitiens l’appellent souvent “uakaréré”, car les “Rérés” (Homos) efféminés sont les plus doués pour jouer de cet instrument aux dires de certains... peut-être jaloux. Par contre nos amis des îles Marquises notamment à Ua Pou fabriquaient beaucoup d’ukulélés pour que la goélette de passage les vende à Tahiti. Taillés carrément dans une pièce de bois sans collages ils étaient de forme moderne avec des cordes en fil de pêche. Ils étaient finement gravés avec des baleines de parapluies en guise de fins ciseaux à bois. La tension des cordes étant suffisante, le manche n’était pas collé non plus.

Tout tamouré où chant était accompagné d’ukulélés car à Ua pou, à part nos amis instituteurs qui étaient venus de France avec leur instrument, peu de Marquisiens possédaient une guitare. Ils n’en fabriquaient pas et leur prix d’importation... exorbitant.


 

  • Nous étions en escale à Bora Bora en Polynésie Française.. Un quai avait été construit par les américains pendant la guerre qui s’était achevée en feu d’artifice à Hiroshima et Nagasaki il y avait peu d’années. Cette île fut une de leurs bases importantes dans le Pacifique. J’étais second sur le rôle de la goélette de fort tonnage « Manuia », mais je faisais tourner la boutique, car le vieux, un parent de l’armateur chinois, cuit du matin au soir, cuvait sa boisson dans de forts ronflements dans sa cabine.
    • En sécurité le long de ce quai, le voilier avait été déserté par l’équipage qui avait dans l’île des connaissances plus ou moins apparentées. Rien n’aurait pu retenir les marins à bord !
    • Sous l’œil attentif du subrécargue pointant sur son cahier les colis, nous les responsables encore présents, déchargions une partie de la cargaison qu’attendait la foule rieuse et bavarde. Les voiles étant bien ferlées-serré sur les bômes nous servaient de mâts de charge.
    • Comme tous les hommes, en short et torse nu, j’opérais avec le bosco et le cuisinier. aidés par les réceptionnaires attendant leurs colis, fardeaux, paquets et autres caisses venues de Papeete. Même les vahinés aidaient au brassage de la bôme. Une forte odeur de monoï mêlée à la sueur des aisselles embaumait l’atmosphère. Elles commentaient les colis hissés de la cale, en riant aux éclats, ce qui agitait leurs longues chevelures ornées de couronnes fleuries pour certaines, les autres se contentant d’une fleur d’hibiscus rouge ou de tiaré blanc derrière l’oreille. Cela se passait dans les rires et des exclamations de joie.
    • Les tanés regrettaient comme moi, le fait que pour respecter le tabou imposé par les curés et pasteurs, ces belles femmes dissimulaient leurs titis généreux sous un paréo garanti grand teint Boussac, à grosses fleurs blanches ou sur fond bleu ou rouge.
    • L’industrie et l’art du paréo local en tapa était bien oubliés, celui sur toile avec des motifs originaux, ne viendra que pas mal d’années après, en même temps que la « mal bouffe » ! Les autochtones musclés, bronzés étaient alors beaux comme des dieux, l’obésité n’ayant pas encore atteint cette région privilégiée du monde.
  • Heureusement que le soir venu, lorsque le seul éclairage discret était celui des “morigaz”, lampes à gaz de pétrole sous pression, brûlant dans un manchon spécial, ainsi que celui des rares lampes à huile de coco encore existantes, il se permettait un relâchement des règles imposées par les religions castratrices. Il faudra l’arrivée de la mauvaise fée électricité pour que les femmes mettent des oripeaux de style européen… et qu’à Tahiti, on s’habille pour le soir… comme une « madame blanche » à Paris !
    • Une nuée de gosses nus comme des vermisseaux se baignait en jouant autour de notre goélette. Certaines gamines avaient déjà leurs titis bien formés en poires appétissantes… « Cachez ce sein que je ne saurais voir », disait Molière, à croire que les pasteurs et curés n’avaient pas évolué depuis le roi Soleil ou la grosse reine Victoria.
    • Un peu en arrière du bord du quai, les colis étaient fébrilement ouverts et chacun montrait aux autres ses trésors. Bientôt... comme d’habitude... certains clients venus avec leur ukulélé se mirent à rendre l’ambiance... musicale et certaines clientes entre la réception de deux paquets, commencèrent à s’agiter du popotin.
  • Dans notre chargement, il y avait des caisses très précieuses marquées de grosses lettres rouges : « fragile » en plusieurs endroits. En débordait de la paille « bien de chez nous », la quelle étonnait les Maoris par sa couleur jaune un peu orangée si particulière... Ces caisses embarquées à Tahiti venaient de France.
    • L’accompagnement musical qui avait selon son rythme endiablé accéléré les opérations commerciales cessa . Un certain silence se fit, il n’y eut même plus de rires sonores.
    • Un sinistre homme blanc, très maigre, long comme un jour sans pain, pâle comme un déterré, coiffé d’une sorte de canotier, qui jusque là se tenait en retrait de la foule agitée, s’avança majestueusement lorsqu’on déposa sur le quai ces grandes et lourdes caisses. Elle furent ensuite hissées délicatement par une dizaine de paires de bras, dans la jeep laissée au Chef de district par les américains à leur départ de l’île en 45. C’était un fort gaillard, toujours prêt à rendre service. Le sinistre individu enfonçant profondément son canotier, grimpa à son tour dans la bagnole qui démarrait vers son faré presbytère, sans un sourire, ni un mot de remerciement, comme si c’était à Dieu que les gros bras avaient rendu service et non à lui. C’était le Pasteur Méthodiste du coin, un bien triste prêcheur de fausses pudeurs, semeur de tabous sous peine d’enfer éternel. La foule était déçue parce que l’homme rigide ne révéla pas le contenu des caisses. Nous travaillions la plupart du temps sans manifestes de chargement ni reçus. En ce temps là, la parole était plus valable qu’un papier. J’ignorais donc aussi le contenu de ces mystérieuses caisses, quoique ayant une idée que je me gardais bien d’émettre.
    • La jeep partie, les ukulélés se remirent à accompagner les chanteurs et dockers improvisés.
  • Un peu plus loin, que le quai, devant la grande place de Vaïtepe servant de terrain de foot aux jeunes, demeurait Louis Picard, l’ex instituteur, grand ami d’Alain Gerbault. Les anecdotes, les souvenirs de sa jeunesse, ceux des passages de Gerbault, « Terepo » comme il était appelé dans les îles, aussi bien que ceux du temps de folie des Américains, occupèrent de belles soirées. Il m’apprit qu’on allait élever près du lagon, une stèle sur la tombe de ce navigateur ramené de Timor, dont Bora Bora avait été l’île préférée et désignée par lui comme lieu de son dernier repos.
    • Bien des jaloux crachaient alors sur la mémoire du navigateur solitaire, comme d’autres crachaient sur les œuvres de Gauguin. J’étais heureux et impatient de connaître la réalisation de ce modeste monument.
    • Picard m’égrena lors de mes escales, le fil de ses souvenirs en commençant par ceux qu’il avait recueilli de son grand père, qui allait encore à Hawaï, en naviguant aux étoiles sur de grandes pirogues. Les échanges d’alors faisaient que bien entendu il avait ramené des ukulélé à Bora Bora.
    • La femme de Louis prenait le relais pour évoquer tout ce passé lorsqu’il était fatigué. Je prenais mes repas avec eux, ou bien je les invitais à bord de la goélette. Je partais toujours de leur case lorsque la nuit était tombée.
  • Chaque soir, ma petite amie locale dissimulée dans l’ombre, lorsque Hina la lune brillait, m’attendait sur mon parcours, qui aboutissait toujours à sa case éloignée du village principal. Éclairée par la morigaz, elle me contait les potins de l’île, ses rêves de Tahiti… de la France en en dévoilant pour mon plaisir et le sien, sa lune aussi splendide qu’Hina… quel qu’en fut le quartier ! Elle était très bavarde, mais si belle et si caressante, que je pouvais subir son verbiage sans impatience…
    • Le voyage suivant celui du débarquement des caisses du pasteur, elle me raconta le dernier grand rire de toute l’île, il paraît que même la montagne carrée qui la domine faillit éclater dans l’explosion d’un éclat de rire gargantuesque !
    • L’homme émacié, ascète et pasteur, au service de Dieu, pas forcément de ses créatures, avait emporté les caisses « fragiles » comme des œufs, dans son grand faré presbytère attenant à son église. Madame son épouse avait accueilli son arrivée avec joie, elle qui d’habitude était aussi triste qu’un bonnet de nuit, à l’image de son mari.
    • Ses serviteurs habituels, des convertis, cependant pas aussi puritains que l’aurait voulu la morale prêchée continuellement par le saint homme, avaient déballé le contenu bien protégé par la paille et participé à l’installation… de grands miroirs... autour de la grande couche de la chambre nuptiale. C’était bien ces miroirs que l’homme austère avait attendu !
    • Il paraît qu’ordinairement, « madame » se sentait bien seule lorsque son mari l’honorait et qu’elle continuait à prier en secret en imitant des cris de plaisir… comme elle en avait entendu des vahinés habitant les farés voisins... aux dire de la cuisinière indiscrète, qui avait osé percer des ouvertures, heureusement plus discrètes, dans les cloisons de feuilles de palmes de cocotier ou de pandanus tressées... pour que tous ses amis viennent voir… les « manières des blancs ».
    • Pour rompre la solitude de leur fornication qui tournait au… plaisir solitaire, le mari avait eu l’idée de ces glaces, qui se renvoyaient en les multipliant, les images de nombreux couples s’aimant... bibliquement, généralement dans la position dite du missionnaire. Ce n’était plus la « maison du jouir » comme aurait dit Gauguin, mais le palais des glaces érotiques !
    • Depuis l’installation de ces miroirs, toujours aux dires de la cuisinière, « madame » encouragée par les visions reflétées par les glaces, des lunes des autres fornicateurs… qu’elle regardait en coin mine de rien… jouissait et poussait de véritables hurlements… non simulés ! La cuisinière a omis de préciser à son auditoire qui répandit l’information, si le bon pasteur gardait son canotier pour la cérémonie… tout le monde en riait encore !
    • Certains soirs, sous un hangar à coprah, aux claquements des tambours de taille variable, pour avoir des sonorités différentes, mais tous coiffés d’une peau de requin, dans le déchaînement des rares guitares et des nombreux ukulélés, les jeunes répétaient pour leur prestation du «  juillet  » à Tahiti, où la « fête nationale » a le privilège de durer tout le mois…. Mon amie y était la plus gracieuse des danseuses fleuries et la voir s’agiter musicalement me réjouissait l’âme et les entrailles !.... Elle savait également fort bien jouer de l’ukulélé,autant que de son corps.
    • Un jour, ma petite amie me quitta pour se mettre en couple officiel avec un tané venu de Huahiné une des Îles Sous le Vent. En cadeau de mariage, je leur ai apporté… un grand miroir qui a rendu envieux tout le restant de l’île, au point que par la suite, le gros de mon chargement fut des caisses provenant de « Saint-Gobain ».

 

 
Ce Tahitien avait été baptisé “trompe-l’œil” sur notre goélette « Manuia », parce qu’en le voyant de profil, son œil globuleux semblait, tel celui du cyclope, surmonter une trompe considérable en guise de nez. Notre matelot était un peu une sorte d’« éléphant man », évidemment sans être aussi horrible que celui du cinéma, il ne faudrait tout de même pas exagérer !

A cause de son blair monumental, il fallait que les charmantes vahinés aient une sacrée cuite pour aller « jouer » avec lui, les soirs de bringue. Dans la journée c’était exclu, car en le regardant, elles riaient comme des folles, ce qui le mettait dans des rages noires. Il était fort comme un bœuf, taillé en athlète ignorant la peur, vous imaginerez ce qu’elles auraient pu craindre, s’il n’avait pas été brave et bon.par nature.

  • Il avait le don de jouer mieux que n’importe qui de l’ukulélé et il chantait en même temps d’une voix qui ensorcelait certaines filles comme si le son les rendait... aveugles ! Les histoires qui lui sont arrivées, sont célèbres, car on aimait bien rire en ces temps où la joie était plus importante que le compte en banque. Elles se transmettaient d’îles en îles, devenant de plus en plus enjolivées à chaque saut de puce au-dessus de “moana nui”, le grand océan.
    • Était-ce Apataki ou Takapoto, ou encore une des autres îles de l’archipel des Tuamotou ? Ces atolls se ressemblent tellement, que la précision du lieu n’est pas importante. La « Manuia » y était en escale pour plusieurs jours, car il y avait la pacotille habituelle à débarquer, puis un important lot de coprah à embarquer ce qui prenait du temps, surtout lorsque les hommes en avaient marre, qu’ils étaient “fiu”... [1]
  • Tous les soirs nous faisions la bringue avec les filles libres peu farouches.
    • Le “mahou” de l’île... on dit “réré” à Tahiti ou bien homosexuel dans les dictionnaires, était lui aussi un joueur exceptionnel d’ukulélé. Son caractère plus que féminin, lui donnait une sensibilité si particulière, que les autres gratteurs de guitare ou d’ukulélé, faisaient silence, lors de ses solos impressionnants. Il rivalisait avec trompe l’œil et ils se livraient tous les deux à des joutes extraordinaires. Cependant mon matelot Trompe l’œil chantait avec une voix plus belle qu’Henriette, la reine incontestée de tout le Pacifique dans ces années-là, en ce qui concerne le chant polynésien. Elle finit d’ailleurs comme une vraie professionnelle, engagée par le Matavaï, le grand hôtel pour touristes américains qui venait d’ouvrir ses farés et son restaurant et elle enregistra de nombreux 78 tours devenus introuvables.
    • Il y avait également pour assister à nos soirées, des filles sages. Elles l’étaient, parce que leurs tanés étaient des vilains jaloux, généralement baraqués. La fleur sur leur oreille étant du côté “mon cœur est pris” , les hommes ne cherchaient pas à s’attirer des histoires pour un instant de petit jeu dans les buissons derrière notre animation autour d’un grand feu de palmes mortes de cocotiers et de coques crépitantes de noix vidées de leur coprah.
    • Chacun amenait de la boisson, du rire et sa participation aux chants. Les filles libres, ainsi que celles qui arboraient une fleur sur chaque oreille, ce qui voulait dire : “Mon cœur est pris, mais il y a encore de la place dedans”, contentaient discrètement les ardeurs de tous et bien sûr celles de notre équipage.
    • Or, “Trompe l’œil” était amoureux fou d’une belle justement non libre. Il ne s’en cachait pas, ce qui amusait Teavé, le tané officiel, car celui-ci avait une force herculéenne, supérieure à notre joli cœur transi, ainsi qu’une une superbe carabine dont les pruneaux couraient plus vite que n’importe quel gibier rapide. De toute façon, la belle Tina de son nom, quant à elle, n’avait d’œil... que pour moi.
  • C’est elle qui me conta l’histoire qui suivit, elle riait en roulant les « r » à la façon des Paumotou et toute l’île fut bientôt au courant… et même l’atoll corallien qui a la forme d’une bouche ouverte sur le bleu outremer, devait en rire de toutes ses dents des requins infestant ses eaux.
    • Discrètement, Trompe l’œil avait observé toutes les façons de vivre du couple. Un soir, il se plaça à côté de son rival heureux et le fournit abondamment d’hinano, une bière qui cogne gentiment dans le crâne de ses amateurs.
    • Vers le milieu de la soirée, ce qui devait arriver arriva, Téavé s’écroula ivre, presque mort. Sa belle Tina l’aida toutefois à se relever et ils partirent sans attirer particulièrement l’attention, sauf celle de notre ami “Trompe l’oeil” qui attendait ce moment et les suivit tout aussi discrètement.
    • Hina”, la lune était absente ce soir-là, il faisait noir comme dans un four, malgré le scintillement des myriades d’étoiles dans le ciel pur et purgé de tout nuage. Les fleurs habituelles embaumaient l’air immobile, l’alizé ayant cessé de souffler avec la tombée de la nuit. Les tiaré-tahitiensis par leur odeur sucrée, celle du monoï, enivraient plus que la bière.
    • L’amoureux se dissimula contre un bosquet de bougainvillées, écoutant les bruits et échanges de paroles issues du faré aux parois de palmes tressées. Il comprit que sa désirée, avait du mal à hisser sur la paillasse pourtant basse, son athlète de compagnon. L’homme grognait et rouspétait. Enfin, il se mit à ronfler d’une façon sonore.
    • La belle sortit en soulevant le bruissant rideau chasse mouches puis s’accroupit au bout du terrain pour un petit soulagement compréhensible, après ce qu’elle avait ingurgité comme liquide. Le désir brutal et impératif saisit soudainement notre matelot qui malgré la nuit sombre, croyait deviner les fesses rebondies de Tina. Il pénétra dans la case complètement obscure, se glissa sous le grand drap tout contre son rival en sueur qu’il poussa doucement tout au fond, contre la cloison.
    • Tina revint, se débarrassa de son paréo et dans le lit se glissa contre Trompe l’œil en lui tournant le dos. Sentant contre son fessier le désir de celui qu’elle croyait être son homme, lequel avait d’ailleurs cessé de ronfler, elle introduisit d’une main sûre, le sexe érigé, au bon endroit, de peur qu’il ne se trompe de chemin, puis commença à gémir. Notre quasi violeur mit sa main sur sa bouche, il avait bien du mal à étouffer les manifestations du plaisir de la Paumotou que le ciel avait doué pour la jouissance.
    • Le forfait accompli, Tina se retourna face à son partenaire, et voulant l’embrasser sur le visage, sentit… la trompe plantée au milieu de sa face. Pensant peut-être que c’était le sexe se son jules qui était remonté jusque là, elle s’écria :
      • Ah non ! Assez comme çà pour ce soir !...
      • Évidemment, Téavé devenu cornard se réveilla en grommelant
      • Je ne t’ai rien demandé !
    • D’un bond, comme piquée par un serpent et surtout pour que son tané lui fiche la paix, elle sauta hors de la couche. “Trompe l’œil” en profita également pour s’en extraire. Tandis qu’il franchissait la porte, le maudit chasse mouche émit son bruit caractéristique de perles de bois s’entrechoquant..
    • Dégrisé, Téavé comprit que sans doute un voleur avait pénétré dans son faré [2] et s’enfuyait. Dans un réflexe de chasseur habitué à tirer sur les rats voulant escalader ses cocotiers pour en bouffer les noix, il saisit sa “Remington automatique” et tira dans la direction de la fuite de “Trompe l’œil”. Une balle de 22 siffla aux oreilles du fuyard et une autre manqua de le scalper.
    • Tina de son côté avait également très vite compris. “Aïta péa péa” … [3] çà ne fait rien, elle éclata de rire dans la nuit, ayant profité de l’occasion qui lui avait été offerte de tromper son compagnon qui ordinairement préférait la bière à ses charmes.
  • Elle eut l’occasion de me conter l’histoire, lorsque l’un des voyages suivants, son Jules étant parti gagner des tunes à Papeete, j’avais donc pu sans risque,.. prendre la place de “Trompe l’œil”... tout en grattant très mal les cordes de son ukulélé.

 

 
La « Manuia » au mouillage en fin d’escale dans cette magnifique baie d’une des îles des Marquises, recevait ses amis ou amies pour cette dernière soirée..L’anse était abritée de l’alizé qui secouait les filaos du sommet de la montagne proche et le filet de fumée indiquant les foyers, montait droit dans le ciel.
Nous étions également à l’abri des grains, les nuages chargés étant accrochés, se déchiraient sur les montagnes plus lointaines en forme de tours ou de clochers, dominant une végétation dense, d’un vert allant du clair à la couleur wagon.

Les fleurs que les femmes avaient apportées embaumaient au point d’estomper l’odeur du tiaré qu’elles avaient mis sur une oreille, signe évident pour dire que… leurs cœurs étaient à prendre.

Les marins saisirent leurs ukulélés et s’élevèrent dans airs les notes aigrelettes des instruments grattés de façon frénétique. Trompe-l’oeil l’un de nos matelots nous exécuta un solo tel que des dizaines d’années après, j’ai encore les vibrations non plus dans mes oreilles mais dans l’âme et le cœur !

Lorsqu’il fallait partir vers l’escale suivante, l’odeur des fleurs déjà fanées laissait place aux odeurs salées venues du large. Les filles fleurs partaient mélancoliquement retrouver leur virginité. Il y avait toujours dans l’entrepont, un matelot plus pincé au fond de son être pour chanter à mi-voix en grattant doucement son ukulélé :

Femme je t’aime !
Je dois appareiller
Je ne me retournerai pas
Il ne faut pas remplacer
Un souvenir de joie
Par la vision d’une larme
Femme je t’aime !

 

 
Kerdubon

[1] « Je suis Fiu » est une expression souvent entendue en Polynésie Française, difficile à traduire simplement, il exprime une sorte de lassitude, qui pourrait se traduire approximativement par « Farniente ». Surtout il justifie l’arrêt immédiat de toute activité, voire le manquement à une promesse de rendez-vous. C’est une sorte de sentiment d’abandon général, parfois dû à une bringue (une fête) de la veille, ou parfois également sans aucune raison particulière. Dès lors, il n’est pas rare qu’un employé ne vienne pas au travail une journée parce qu’il se sentait « fiu »…
http://www.tahitiguide.com/@fr/5-26...

[2] Un fare ou faré est une habitation polynésienne traditionnelle. À l’origine, fare est le terme tahitien pour désigner une maison
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fare_...)

[3] une sorte de fatalisme souriant devant les événements contraires, qui se traduit par l’expression « AITA PEA PEA  » (ça n’a pas d’importance)
http://www.tahiti.free.fr/pages/cou...

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