Pratiques et Techniques en Plaisance
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Installation d’un alternateur d’arbre d’hélice quand on y connaît pas grand chose ?
Coincé entre le pilote automatique et mon épouse qui protestent tous les deux, l’un parce que la tension des batteries devient trop faible et l’autre parce qu’elle est réveillée par le bruit du moteur ou du groupe que je suis obligé de mettre en route, j’ai décidé d’installer un alternateur d’arbre d’hélice.
Avantage escompté : une production de courant très supérieure à la consommation du pilote et du frigo réunis (ma femme, préposée à l’administration des vivres, n’aime pas non plus que je coupe le frigo). L’inverseur le permet sûrement car, moteur arrêté, il est impossible de bloquer l’hélice que ce soit en enclenchant la marche avant ou arrière. L’hélice tourne donc en permanence avec un joli petit ronronnement. (Yanmar 4JH-DTE)
Cela n’a pas été sans mal, mais le système est enfin installé. Les premiers essais ont été réalisés au ponton et limités à 1500 t/minute pour ne pas trop forcer sur les amarres. Les vitesses de rotation moteur et alternateur ont été mesurées précisément au tachymètre laser. La pré-tension de la courroie a été initialement réglée à presque rien. Comme c’est une courroie étroite à V prononcé, elle se bloque d’elle-même dans la gorge par sa tension de charge et ne devrai pas patiner. Cela restera à confirmer en charge importante de l’alternateur.
Au ralenti, le moteur a tendance à vibrer sur ses silent blocs et la poulie bouge un peu. La platine sur laquelle est fixé l’alternateur est tenue par deux pattes en plat d’inox de 5 mm d’épaisseur qui lui donnent une relative souplesse en basculement vers l’avant. Ces vibrations sont ainsi bien compensées, l’alternateur et sa fixation vibrant de conserve. Dés 1000 t/mn moteur, il n’y a plus aucune vibration. Entre la marche avant et la marche arrière, le déplacement du longitudinal de l’arbre d’hélice est insignifiant.
Apres plus d’un mois d’utilisation sur le trajet Carentan– Les Canaries (en passant par Port Camargue), je peux tirer un premier bilan.
Pour ce qui concerne la puissance électrique fournie, c’est très bon. C’est même malheureusement trop bon dès que la vitesse approche 7 nœuds !
Le problème qui se pose est alors la température de l’alternateur qui monte au point de cramer le bobinage du stator après quelques heures à ce régime. La raison est double : d’une part l’alternateur ne tournant pas très vite, il est mal refroidi par son ventilateur et d’autre part, ( et amha surtout), comme sa base est celle d’un alternateur standard de voiture Delco 10-si, le volume disponible et le nombre de spires du stator requis pour faire beaucoup de courant à basse vitesse impose une section de fil du bobinage trop fine d’où l’effet Joule important. Ceci m’a coûté un stator qui a été rapidement remplacé. Je coupe donc l’alternateur quand j’utilise le moteur ou quand la vitesse est trop forte. J’ envisage un essai avec un stator d’un autre type. C’est quand même un problème assez gênant et je ne vois pas très bien comment le contourner sans me résoudre à l’achat d’un alternateur régulé au prix délirant.
Sur la traversée de l’Atlantique, j’ai bricolé un refroidissement à partir d’un ventilateur de cale. Cela fonctionne, mais ça consomme 4,5 ampères, ce qui oblige à une gestion fine du ventilateur en fonction du vent : en dessous de 4 nœuds on coupe le ventilo, au dessus on le met en route. En revanche, l’intérêt d’un tel alternateur est confirmé : il pourvoit largement au besoin total en énergie.
J’ai ensuite changé le stator pour celui à moins de spires (diamètre de fil plus gros) du D512 du même vendeur. J’ai également usiné une virole qui se fixe sur le carter arrière de l’alternateur, que j’ai ajouré de nombreux trous. Sur la virole j’ai manchonné un ventilateur de cale de moindre puissance que le précédent. J’ai ainsi réalisé une ventilation forcée dont le flux d’air circule entre le stator et le rotor. Le résultat, validé entre Panama et Les Galapagos est plutôt bon : En dessous de 5 nœuds il est moins performant, mais au-delà il est bien meilleurs. A 7 nœuds on est à 30 ampères, ce qui me permet de faire marcher le désalinisateur sans mettre le groupe. J’ai même atteins 40 ampères vers 8 nœuds.
Le nouveau système de refroidissement donne satisfaction : même à plus de 30 ampères, la température reste raisonnable.
Au départ, le ventilateur était directement emmanché dans la virole, mais les vibrations transmises à la coque faisaient un bruit d’enfer. D’ou l’idée d’un manchon en toile taillé dans une vieille toile de taud et confectionnée par mon épouse.
Pour la charge de diversion, mon circuit provisoire risque de rester définitif car il fonctionne parfaitement. Il est constitué d’un circuit d’eau douce fermé qui passe par l’échangeur et par un bidon de 8 litres dans le quel j’ai immergé une pompe de cale qui sert de pompe de circulation. Celle ci est raccordée en parallèle à la résistance du thermo-plongeur, elle se met donc en route automatiquement lorsqu’il y a un courant de diversion. Pour l’instant, la température de l’eau n’a jamais dépassé un cinquantaine de degrés. Evidemment, je coupe l’alternateur si les batteries sont pleines et que la vitesse reste élevé sur de longues périodes (ou alors, je mets le désalinisateur et sa pompe de gavage en route)
Je dirais que celui qui a goûté à l’alternateur d’arbre d’hélice aura du mal à s’en passer. S’il ne rechigne pas à la dépense ou n’est pas trop bricoleur, je lui conseille de choisir un alternateur régulé. C’est cher, mais c’est bien plus facile à installer et à mettre au point.
Pour ceux qui se satisferaient d’une dizaine d’ampères, il existe une solution à aimant permanent qui semble être régulé en tension par un régulateur intégré dont j’ignore le principe de fonctionnement. Un exemplaire m’a été donné en Martinique (merci Fred). Je l’ai démonté entièrement pour l’examiner, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de le tester.
Toutes les pièces diverses ont été réalisées avec l’aide et l’outillage de mon amis Laurent, passionné d’usinage et de fraisage.