Pratiques et Techniques en Plaisance
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La magie grecque, sur les traces d’Ulysse, on s’y était déjà penché : https://www.plaisance-pratique.com/...
Alors, la magie prend : ha oui... voilà ma trace, ha oui, c’est bien çà, j’y suis passé...
Aujourd’hui raccourci entre Levkas et Zante, le chenal orienté au NW en plein dans l’axe du vent dominant en été, bordé des très hautes montagnes de Cephalonie (Le mont Aenos le point culminant des Mégas Sorós à 1628 m) et celles d’Ithaque (800 m) peut générer l’après midi en été, des rafales vicieuses et violentes.
Le mont Aenos le point culminant des Mégas Sorós
3 bons ports sur Céphalonie, du nord au sud
Peu de choses la côte d’Ithaque, comparé à la côte de Cephalonie : Polis Cove [1] et O. Pis’Aitou port dédié aux ferries d’Ithaque, malcommode pour nos bateaux. Par mauvais NE, Polis cove peut être une alternative à Fiscardo.
Sur la côte orientale de Cephalonie, entre Fiscardo et Ag Eufemia, plusieurs belles baies, bien indentées offrent de bons mouillages forains.
Entre Céphalonie la plus grande et la plus montagneuse des îles Ioniennes, et Ithaque non moins montagneuse, le chenal d’Ithaque permet de joindre Zante, la plus méridionale des Ioniennes au canal de Lefkas, en évitant l’exposition au vent dominant des côtes orientales de ces îles. on trouvera :
Et “intra muros”, on trouvera :
En été, à l’abri du meltem égéen, les vents dominants seront de NW, généralement modérés, se levant en fin de matinée, et se renforçant localement par des thermiques puissants canalisés par de profondes vallées, qu’il faudra veiller.
Si les ports et mouillages sont correctement protégés des vents dominants de NW, les coups de vent de S à NE les rendent vite intenables, et il faudra anticiper ces situations, les solutions de repli étant éloignées : soit Argostoli, mais il faudra contourner toute l’île par le sud, ou, plus proche à Vathy en Ithaque.
Il faudra aussi en automne surveiller les risques d’orages, fréquents sur cette zone. Ils peuvent être destructeurs.
Sa situation en proximité du Golfe de Syrte, et la configuration de la Mer Ionienne, en fait la cible de cyclones subtropicaux méditerranéens (ou médicane), phénomènes météorologiques dévastateurs en septembre et octobre. Les deux derniers, en septembre 2018 et 2020 ont provoqué de nombreux naufrages, accompagnés de dégâts catastrophiques à terre. Voir : https://www.plaisance-pratique.com/...
Peu de courant de surface, généralement levé par le vent, il peut atteindre de 0,5 à 0,8 nds générant entre Cephalonie et le golfe de Patras un vortex dont certains segments peuvent s’orienter contre le vent. voir les exemples ci dessus :
2 ports sur Kefalonia
2 ports sur Ithaque
O. Polis 38°26’11N 20°38’14E
Une grande baie du côté NW d’Ithaque. On mouille au large de la plage ou en passant une longue ligne à terre dans le coin nord-ouest. Les fonds descendent très vite, vous devrez donc ancrer par 10-25 m. Avec la brise de l’après-midi qui souffle sur le canal entre Céphalonie et Ithaque, cela peut être inconfortable ici, mais généralement tenable. Les vents du sud soufflent directement dans le mouillage. La taverne ouvre en été. Un câble sous-marin part du port le long du centre de la baie. Une zone de baignade est aussi à respecter, en observant les panneaux restreignant l’ancrage.
O. Pis Aitou38°20’93N 20°41’03E
Port miniature et un quai de ferry. C’est le principal port de ferry pour Ithaque, avec des liaisons vers Sami sur Céphalonie et vers Astakos. Bus pour Vathi. Aucune facilité de mouillage, et de nombreux câbles sous-marins.
Fiscardo
Fiscardo, est très prisé, port de charme ayant survécu au séisme de 1953, on y trouve de belles maisons aux couleurs vénitiennes, sous des frondaisons rafraichissantes. Très italienne, et envahie d’italien en juillet et août, qui s’y sentent chez eux.
Difficile d’y trouver une place, même tôt dans la journée. Vous y verrez en particulier des motor-yachts tournant dans le port, la main sur la manette des gaz, prêts à bondir si une place se libère. Néanmoins on peut quand même se loger arrière ou étrave à terre, en mouillant une ancre :
Ag Eufemia
Ancien port principal de Cephalonie, détruit par le tremblement de terre de 1953, Ag Eufemia est sous l’influence d’un thalweg traversant l’île de part en part, exactement orienté au NW dans l’axe des vents dominants. Cette vallée d’une altitude de 150 à 200 m, est encadrée de montagnes culminant à 800 m au NE et à plus de 1000 m au SW. Pelée, minérale, elles est sensible aux thermiques, générant des vents violents de NW dans l’après midi. Beaucoup plus dangereux, les coups de vent de SE, accélérés aussi par cette vallée, peuvent lever une mer très forte, comme ce fut le cas pour le medicane de septembre 2020.
Toute la côte NE de Cephalonie, entre Fiscardo et Ag Eufemia, offre une série de mouillages forains dans des criques bien indentées. Ils sont nombreux, pas tous accessibles, mais bien protégés des vents dominants de NW. Les fonds descendent très vite, obligeant à passer des amarres à terre. Sauf pour les criques proches de Fiscardo, elles sont généralement désertes, avec deux exceptions : Kalo Limani et Kakongilo, sur cette dernière, une ferme marine gâche un peu le paysage. Pour le reste la hauteur des montagnes, râpées et minérales, contrastant avec les vallées profondes et ombragées descendant jusque aux criques, donnent un aspect sauvage à un paysage millénaire, juste gâché par des essaims de guêpes, pas vraiment partageuses...
NDLR : la dénomination des sites pose un gros problème... On pense que Dédale en était l’archiviste “lOl” !!!
Du nord au sud, pour les principaux mouillages :
Fiscardo : amarres à terre rive N, en mouillant long pour tenir le vente de travers. La remontée des fonds impose de s’éloigner de la rive avec de longues amarres. Par beau temps, on peut mouiller en forain à l’ouest des passes d’entée, mais on est exposé au vent dominant, sur des fonds de mauvaise tenue, remontant vite, avec le risque de gêner les ferries
38° 27’ 43.822’’ N 020° 34’ 41.381’’ E
Paralia Foki : amarres à terre, très fréquenté. La crique, 100 m x 300 m, orientée plein ouest est protégée des vents dominants. La crique bordée d’arbres, impose rapidement de passer des amarres à terre. La profondeur oblige à mouiller très long.
38° 27’ 08.000’’N 020° 34’ 44.000’’ E
Paliokaravo (mais aussi, Xylokaravo, selon certains guides ) : Petite crique étroite (moins de 200 m de long et 100 m de large). On y mettra peu de bateaux amarres à terre. Les fonds de sable et d’herbe sont bons. L’étroitesse de la crique permettra de poser l’ancre sur la rive opposée, pour trouver du sable et de bonnes profondeurs.
38° 26’ 36.000’’ N 020° 35’ 04.999’’ E
Evreti : adjacent Paliokaravo, plus profonde et plus austère, c’est aussi un lieu d’appontement pour les bateaux des Coast-guards.
38° 26’ 22.000’’ N 020° 34’ 59.000’’ E
Doulicha (ou Kamini, ou Daskalio selon certains guides) : c’est la plage mythique de ce chenal, face à l’île Daskalio (d’où l’erreur typographique des guides), face aussi à l’anse O.Polis sur Ithaque. La large baie (200 x 200 m) offre une bonne protection des vents dominants (NW), mais les fonds descendent très vite. La vallée profonde, dans l’axe de la baie doit générer des rafales. Fond d’herbes et de sable tenant correctement.
38° 25’ 40.18’’ N 020° 35’ 19.025’’ E
Kagogilos (ou Kakongylos) : grande baie, occupée en partie par une ferme marine. On peut mouiller dans l’anse située au NW de la ferme marine.
38° 24’ 18.000’’ N 020° 35’ 48.000’’ E
Xylokaravo (ou Skidi, ou “inconnue” selon les guides) : Petite crique, peu de place, il faut passer des amarres à terre
38° 23’ 25.015’’ N 020° 36’ 38.601’’ E
Ag Gerasimos : petite crique, peu de place, mouillage de beau temps
38° 22’ 48.997’’ N 020° 36’ 53.000’’ E
Kalo Limani (ou Ag Sofia selon son vrai nom) : grande baie, habitée. On peut passer des amarres à terre, soit à un petit quai rustique, soit à la berge en allongeant les amarres. C’est la halte la plus civilisée de cette côte, entre Fiscardo et Ag Eufemia.
38° 22’ 21.000’’ N 020° 36’ 49.999’’ E
Note sur les lignes de sonde
Nativement manquant de fiabilité, issues de relèvements incertains, mises à jour très aléatoires des services hydrographiques officiels grecs (seuls les accès aux grands ports et les routes commerciales sont fiables), chamboulés en permanence par des mouvement sismiques modifiant les fonds, voir pour exemple cette roche photographiée après le tremblement de terre de 1953, qui avait vu une remontée des fonds de 60 cm, vous devez vous méfier des lignes de sondes reprises par des éditeurs de “cartes dites modernes”, si elles ne précisent pas en cartouche l’origine de ces cartes et leurs modifications. A ce titre, et ça peut faire hurler, les CM93 2013 dites “tombées du camion” sont plus fiables que les Navionics qui refusent d’indiquer leurs sources.
Néanmoins, les Navionics offre un élément d’analyse permettant de lever un doute avec leur option “SonarCharts”.
Si, cette option n’offre aucune sécurité absolue, issue soit d’une interprétation IA des lignes de sonde existantes, ou pire de relevé amateurs sans aucune garantie de fiabilité, elle offrent l’avantage par leur multiplicité, de pourvoir les vérifier et les contrôler avec votre sondeur (dûment étalonné, bien sûr).
Leur logique ou leur inadéquation vous fourniront des indications précieuses...
Exemple de SonarChart Navionics
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C’est là où le bât blesse :
Le mythe
Entre Ithaque et Céphalonie, on navigue éclairé des descriptions poétiques d’Homère, et le travail des hellénistes récents, beaucoup étant français : Victor Berard, Jean Cuisenier, Gilles Le Noan, mais aussi anglais : Robert Brittlestone et Tim Severin, tous des marins, à la recherche du point de chute d’Ulysse, arrivant de Corfou, de Télémaque, venant lui de Pilos. Tout récemment, Dominique Roux, photographe et historien de la photographie, marin lui aussi, en s’attelant aux descriptions de Victor Berard, a su nous montrer l’importance de l’îlot Daskalio dans l’espace homérique.
Remontés à leur bord, les prétendants voguaient sur la route des ondes et déjà, dans leurs cœurs, ils voyaient Télémaque accablé de leurs coups. Il est en pleine mer, dans la passe entre Ithaque et la Samé des Roches, un îlot de rochers, la petite Astéris devant les Ports Jumeaux avec leurs bons mouillages. C’est là que, pour guetter leur homme, ils s’embusquèrent.
(Odyssée IV 842-848)
Il y a quelque chose de troublant, pour nous, marins modernes débordant benoitement l’îlot Daskalio, soit en serrant vers Polis Cove, côté Ithaque, soit vers Doulicha Cove côté Céphalonie.
Or, il s’agit de lieux mythiques, bien décrits par Homère :
Sans pour autant être totalement certain de l’origine de Doulichion, en grec Δουλίχιον, (Doulichium en latin) un lieu (probablement une île) non formellement identifié évoqué par Homère. Dès l’antiquité, diverses hypothèses pour sa localisation ont été proposées :
Faites vos jeux… de toutes façons, vous naviguerez dans des eaux peu ordinaires, et, vous vous trouverez peut être, comme Télémaque, remontant le chenal d’Ithaque, à attendre dans la baie Port St André note : [4]... les bonnes conditions, non pas conseillé par Athéna note : [5] , mais par des gribs annonçant un mauvais NW....
l’Odyssée - Victor Bérard
Pour Bérard et Nissida Asteris
Le poète nous décrit cette manœuvre aussi bien pour le vaisseau qui ramenait Télémaque de Pylos que pour le vaisseau qui ramènera d’Astéris les prétendants. Ayant laissé Télémaque à Port St André, l’équipage a remonté le canal à la rame. N’ayant pas de voiles, leur navire, qui se cache sous la côte insulaire, a échappé aux guetteurs d’Astéris. Ceux-ci ne l’ont reconnu qu’au moment où il tournait l’entrée de Port Polis. Il était trop tard pour le couler : on les eût aperçus de la ville. Ils ont alors quitté Astéris-Daskalio et sont entrés à toutes voiles vers Port Polis, eux aussi. Les deux vaisseaux ont été tirés à la grève... Sur la carte marine, nous pouvons dessiner sans peine toutes les allées et venues, entrées et. sorties de bateaux, si nous plaçons à Port Polis la capitale odysséenne et si nous reconnaissons Astéris dans l’îlot Daskalio.
Les guetteurs de l’acropole de Polis ont donc besoin d’un complément pour surveiller les bateaux qui viennent du Sud, du Péloponnèse, de Pylos. D’ici, l’on comprend mieux la manœuvre des prétendants et l’installation de leur embuscade sur cet îlot que le poète nommait Astéris et que les Italiens nommèrent sans doute l’Écueil : “Scoglio”, d’où les Grecs actuels par un beau calembour ont dû tirer “Didaskalio, soit Daskalio, c’est à dire l’École” . Et d’ici, l’on comprend mieux encore l’intime relation qui, pour les gens d’Ithaque et les périples des navigateurs, unit cette roche basse et inhospitalière d’Astéris, tant aux collines éventées (ndlr : les vallées de la côte céphalonienne) qu’aux Ports Jumeaux de la côte képhalonienne. Derrière Daskalio, la côte de Képhalonie allonge sa haute échine, chargée de blancs villages et de moulins à vent ; dans l’échancrure de sa rade profonde, Viscardo tend son double mouillage.
Source : Victor Bérard, la résurrection d’Homère, volume 1, au temps des héros
Histoire
Connu depuis la préhistoire, ce chenal les a vu tous passer :
Le massacre de la division Acqui
Céphalonie a été occupée par les Italiens à partir de 1941. La population de Céphalonie a participé activement à la résistance et a lutté pour la libération du pays tout au long de la Seconde Guerre mondiale.
Le tremblement de terre de 1953
L’île a été presque complètement détruite par les violents séismes du 9 au 12 août 1953. Seul Fiscardo, un village à l’extrême nord, n’a pas été détruit. Il possède donc encore beaucoup d’édifices du XVIIe siècle.
ndlr : si vous passez par là, pensez y... Il y a en France des talents... merci à eux
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Crédit photo : inkefalonia.gr (pour l’article) et E.Sinagra (pour les photos récentes du port)
[1] Polis fera prochainement l’objet d’un article spécifique
[2] Daskalio entre Bérard et D Roux
[3] Sources Wikipedia ... et Wikipedia
[4] Port St André, c’est la baie au sud d’Ithaque
[5] Port Saint-André s’ouvre à la pointe sud d’Ithaque et offre un abri aux navires qui ne peuvent remonter le canal. C’est là qu’Athéna conseille à Télémaque d’aborder pour échapper à l’embuscade des prétendants qui croisent dans les parages d’Astéris.
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737.3 ko |
mouillages_du_chenal_.pdf |