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protection contre la foudre 8 octobre 2018 19:25, par yvesD

est il envisageable de raccorder les descentes antennes

ça n’est pas l’idée. On a à nos bord trois choses assez différentes : -1 un puit sans fond pour écouler la foudre (ta ’plaque de mer’) ; -2 une terre/mer zéro volt de référence commune pour les appareils électroniques ; -3 une terre/mer pour écouler les courants de fuites accidentels qui pourraient endommager les personnes.

  • La ’plaque de mer’ que tu évoque sert uniquement à écouler les charges électriques de la foudre, et bien sur seulement si cette dernière frappe le paratonnerre du bateau (on parle là de milliers d’ampères pendant des millisecondes au plus). Cette plaque (ou tout autre terminaison) est en excellent contact avec l’eau de l’océan et du globe et doit être en excellent contact avec le paratonnerre, y compris en ligne droite vraiment droite, en fait aucun autre trajet possible ne doit être préféré (on ne passe pas l’antenne et la VHF ou par la cadène et le gel-coat du pont, ça brûlerait), et le paratonnerre doit capturer/attirer la foudre proche du bateau (c’est le cône de protection, qui impose de placer la pointe du paratonnerre à un endroit suffisamment/très élevé).
  • Ce puits à foudre n’a pas le même rôle que la terre de référence d’un bateau en mer, rôle qui est d’imposer à tous les équipements le même zéro volt de référence. Cette terre de référence, généralement une anode, n’est pas prévue pour écouler du courant mais simplement pour imposer un potentiel (polariser le NEG).
  • Ce puits à foudre et ou cette terre de référence n’ont pas le même rôle que la terre de protection des personnes d’un bateau lorsqu’il est relié à l’EDF du quai, TP consituée d’une anode le plus souvent, et dont le rôle est - en cas de liaison accidentelle entre la phase du quai et la mer, on dit aussi le défaut - d’écouler vers la mer (qui est un puits irremplissable) tous les électrons que cette phase EDF peut fournir et surtout d’écouler tout ça vraiment bien (très très bien) pour que cette liaison de protection (entre toutes les masses métalliques du bord et la mer/terre) soit préférée à n’importe quel autre circuit possible qui passerait à travers un corps humain, et d’écouler jusqu’à ce que le défaut cesse. En clair, la liaison entre toutes les masses métalliques (moteur, arbre, grille-pain) accidentellement reliées à la phase et cette anode de protection des personnes est tellement peu résistive - par construction/ingénierie - qu’elle sera préféré à la la liaison par un corps humain. Le corps humain ne sera pas traversé par un courant accidentel. De plus cette liaison de protection est tellement peu résistive qu’un cours-jus franc se traduira par un courant supérieur à 50 mA, qui fera disjoncter l’interrupteur différentiel de protection, supprimant ainsi le défaut. Donc pour cette liaison et anode de protection des personnes l’écoulement doit être très bon de manière à ce que le courant de fuite ne dépasse pas 50 mA

En résumé :

  1. plaque de mer : écoule des intensités gigantesques, des milliers voir des centaines de milliers d’ampères pendant des temps brefs ( ordre de grandeur, la milliseconde) Le phénomène est dynamique, la circulation des courants préfère les lignes droites, d’où énormes contraintes sur la géométrie du câblage.
  2. terre de référence : n’écoule pas de courant mais impose un même potentiel à tous les équipements électroniques qui y sont raccordés (en un seul point), ainsi aucun courant ne circulera entre les équipement via leur ’signal ground’ respectifs (tous au même potentiel, eh, eh), ce qui est excellent pour les bruits. Phénomène très statique (courant continu, quasi nul), pas de contrainte de géométrie du câblage
  3. terre de protection des personne : doit impérativement être très peu résistive, à la fois pour éviter d’un corps humains soit un meilleur circuit (ça protège la personne) et aussi pour que le courant de fuite entre phase et mer soit supérieur au calibre (30 mA) de l’interrupteur différentiel de protection des personnes et dont nos bords sont obligatoirement équipés. Phénomène très statique (courant continu et faible), pas de contrainte de géométrie du câblage

Accessoirement il est obligatoire en Europe que les mises à la mer 2 et 3 soient faites en un seul point, ça évite les boucles de courant. Aux USA toutes les masses métalliques en contact avec la mer doivent être reliées (bonding) ce qui complique (de notre point de vue) le problème.

Relier les deux conducteurs de l’antenne VHF à la VHF et aussi à la mer (de type 1, 2 ou 3) annulera complètement le signal radio déjà pas très fort ... plus de VHF, pas acceptable

Par contre, lorsqu’un orage approche, débrancher les deux conducteurs des descentes d’antenne des récepteurs VHF et les raccorder à ’plaque de mer’ est une excellent protection, surtout si la foudre a le bon gout de patienter que ce soit fait (toucher la foudre, ça foudroie). Et bien sur ces deux conducteurs apparaissent reliés, tout en bas du bateau ... ce qui ne garanti absolument pas qu’un foudroiement ne créera pas une soudure accidentelle quelque part entre l’antenne et la mer

Just for fun, faudrait demander à EDF, très spécialistes de ça avec leur manie de planter des paratonnerres interconnectés sur tous le territoire (on aura reconnu les réseaux électriques à 400 Kv, à 20 kV, à 400 V), leurs publications sont toujours très intéressantes.