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Accueil du site > Littérature maritime > Les Beligoudins - aventures du capitaine Kerdubon > Les éclopés chap 6

Rubrique : Les Beligoudins - aventures du capitaine Kerdubon

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Les éclopés chap 6Version imprimable de cet article Version imprimable

Publié 23 mai, (màj 23 mai) par : Collectif Salacia   

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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

NDLR : merci à “Kerdubon” capitaine, marin, conteur et explorateur...

Vers la table des chapitres

Les éclopés 1983


Nouvel été pour les « Béligoudins » Je suis descendu à Nidri Steno au chantier des Konidaris dans le camping-car de mon beau-frère Michel. Mon épouse était à Poitiers pour se faire enlever les cailloux d’un rein... il n’était pas question de lest supplémentaire pour le voilier qui avait suffisamment de gueuses de fonte (2 tonnes) calées par du sable de pierre maltaise dans la quille.

Si j’avais abandonné ma moitié, c’est que je devais « rapido-presto » sortir mon voilier de Grèce, les nouveaux socialos au pouvoir avaient inventé une taxe énorme pour ceux qui séjournaient plus de six mois dans leurs eaux... Ils réussirent ainsi à vider leurs marinas... et les gentleyachtmen dépensèrent leurs tunes chez l’ennemi héréditaire : le « Grand Turc ».

- Nidri au chantier
La peine et la déprime régnaient au chantier, non pas à cause de la fuite des usagers, mais parce que la « mama » était décédée. Un chauffard sans freins l’avait renversée sur le pas de sa maison !
Mon chien la chercha partout en vain, quant à moi, j’étais fort ému, car tous nous aimions beaucoup sa gentillesse et sa douceur calme et sereine. Discrètement je suis allé faire porter des fleurs sur sa tombe par la fleuriste du bled. J’aurais du me douter que dans un village tout se sait et se colporte de bouche à oreille.

  • Elle sent tes fleurs là-haut !... me dit Kiriakos.
    Les frères et le pateras m’introduisirent dans leur cercle familial, la tribu Konidaris. Je fus leur hôte pour la grande « Paques » grecque. A table, je me trouvais assis entre les épouses des frères, tandis que le père qui présidait ne disait mot, mais poussait des soupirs de souffrance. Il avait un œil attentif à ce que verres et assiettes ne soient jamais vides. La marmaille était dans la cuisine avec les domestiques... ainsi que mon chien qui les amusait. Etais-je le seul de leurs clients à avoir eu un geste pour la mère gardienne du foyer... partie dans l’au-delà ?

Tandis qu’avec mon beauf que nous préparions le départ, le chantier était actif. Plusieurs voiliers placés en première ou seconde ligne furent mis à l’eau C’était à chaque fois une petite fête organisée par le propriétaire
Les frères déplaçaient les rondins de roulement du ber, pendant que le père calfatait un caboteur en bois. A chaque coup de mailloche, je voyais à sa rage qu’il cherchait à évacuer sa peine.
Le camion de Michel ne manqua pas de nous faire parcourir un nouveau tour de l’île histoire de se détendre. On ne se lasse jamais des beaux paysages.

Début mai, le « Beligou » était en première ligne. Il fut mis à l’eau comme d’habitude... de façon impressionnante. Il était repeint et verni... comme neuf. Michel avait mis en place les portemanteaux... je veux dire les bossoirs en alu fabriqués par GG, l’autre beauf. Le zozo était maintenant suspendu au tableau au lieu d’encombrer le pont ou d’être en remorque... cassante.

- Kioni
Ayant fait ma déclaration comme quoi je partais en Italie, nous sommes descendus mouiller à Port Kioni en Ithaque, sachant que les autorités ne quittaient guère le confort de leurs bureaux à Port Vathy
Pendant cette descente plein sud, le fort vent d’est vira sud puis par l’ouest remonta avec violence au noroît... en quelques heures. Ces sautes ne me surprirent pas, mais quasiment vent arrière, tout dessus, le « Beligou » malgré ses 12 tonnes volait sur les eaux.

- Vers Patras, le 1er éclopé
On appareilla de notre quai tranquille de bon matin un jour où le vent restait calé du noroît avec violence. Il n’avait pas molli de la nuit. Michel lui-même voileux était à son aise et debout sur le roof, poussait la bôme de grand voile, de sa main engagée dans un cordon servant à prendre les ris. Il respirait avec délice l’air chargé des senteurs d’herbes sauvages et parfumées.

  • Dégages-toi boudiou  !... Trop tard, un coup de roulis souleva le voilier d’un bord, le fit légèrement pivoter sur son étrave malgré mon coup de barre compensateur… et ce fut l’empannage. Suspendu à la bôme par sa main, mon compagnon passa d’un bord à l’autre, emporté en même temps que la voilure. La main n’avait pas apprécié et pris une vilaine teinte violacée, lorsque l’acrobate réintégra le cockpit. Par chance, il n’avait rien de cassé, mais la foulure n’était pas belle à voir.
  • Si tu avais été plus lourd, ta main aurait peut-être quitté ton poignet… mais n’aurait pas suffi pour faire un pot au feu ! … C’était le premier éclopé !
    En attendant que Madame délestée de son poids rénal vienne nous rejoindre, le voilier était bien amarré dans le port de Patras, en face d’un navire espion Russe. Evidemment j’avais retrouvé avec joie Toté et Théo. On parlait d’un éventuel pont reliant le continent au Péloponnèse non loin d’ici, d’un bord Rion, de l’autre Antirion... la formidable citadelle appréciera-t-elle ? (Pont réalisé en 2004)

-  Pont de Corinthe avec le camion


A la fin du mois de mai, le camion récupéré à Nidri, nous sommes allés, à l’aéroport d’Athènes chercher notre deuxième éclopée, la calculatrice.
Cela nous fit passer par dessus le Canal de Corinthe en empruntant le pont agrafe qui relie le continent Européen au Péloponnèse. Des amis de Michel, Jacques et son épouse, nous reçurent avec sympathie dans la capitale de la Grèce…
On devait les revoir plus tôt que prévu, le jour ou où ce sera le « Beligou » en personne qui sera le troisième éclopé !

- Galaxidi
L’équipage étant maintenant au complet ce fut le grand départ. On passa dans le golfe de Corinthe, par le détroit de Rion pour aller au joli port de Galaxidi dans une calanque du golfe d’Itea. Le « Diogène II » de notre ami Marc, le second violon de l’orchestre de Paris et du... « Cherche midi » s’y trouvait Nous l’avions connu à Corfou lors de leur premier passage, il devait alors subir une opération délicate.

  • Quelle surprise !...Je te croyais mort !... dit Madame… qui lui répéta exactement la même phrase quelques années après, lorsqu’il passa par La Rochelle pour nous faire un petit coucou ! Il ne se montra aucunement choqué, son humour étant parfois hors du commun. (Il caricatura les plus grands chefs d’orchestre qui l’on mené... à la baguette !) Lorsqu’on lui demandait quelle est la différence entre un premier et un second violon, il répondait :
    • Cinquante mille balles par mois  ! (anciens francs)

- Direction Sud-Est
Le canal de Corinthe traversé le 4 juin après avoir longé le phare du cap Iréa... (Comme quoi nous avions bien fait de le rendre après l’avoir emprunté dans l’autre sens l’an dernier !)

- Egine
Le port d’Egine fut en Grèce, l’un des mes préférés Il y régnait une animation et une ambiance peu ordinaires. Toute une partie des quais était… la place du marché. Cette partie Sud était réservée aux caïques et cabotous amenant fruits, légumes et poissons des îles proches, du Péloponnèse ou du continent, sans parler de ceux chargés de bois, de quincaillerie, où de tonneaux divers contenant aussi bien du vin que des olives. Les marins…épiciers, étalaient leur camelote sur leur pont, leur planchon et sur le quai

Il y avait beaucoup de yachts de passage, des somptueux d’autres... d’étranges foutoirs comme le « panache », car la proximité d’Athènes et de ses marinas en faisait une étape vers les Cyclades, la Crète, ou ailleurs.

Le 5 juin, embarquement de la sœur de Madame. Ballades sur des sites et des points de vue magnifiques de l’île furent au programme. Nous étions pratiquement les seuls à visiter les ruines du temple d’Aphaia.

L’île était la principale productrice de pistache de la Grèce, et beaucoup de routes menaient aux plantations, ce qui me fit dire stupidement un jour... que le verre de retzina en main, on célébrait la messe :

  • Il ne faut pas confondre les pistachiers avec les chemins des cabinets !

- Cap Sounion


Nous avons mouillé dans une crique juste sous le Cap Sounion, dominés par le temple de Poseïdon, histoire de monter voir le soleil se coucher derrière les colonnes célèbres… comme sur les cartes postales !...

- Kéa
Kéa, était la plus proche île des Cyclades du continent. Elle faisait partie du premier arc de cet archipel. Nous sommes allés prendre un mouillage en baie Saint Nicolas, à grande distance dans le Nord du quai de Vourkari, bruyant et encombré d’une foule de bateaux loués ou charters, gréés par des yachtmen pas toujours...gentle !
Le baromètre qui ne ment jamais était en chute libre. Le coup de vent arriva et sema la panique sur le quai. Pendant que le vent semait une panique générale dans la flotte de pêcheurs et de yachts, bien abrités du Meltem nous profitions des deux plages paisibles de ce joli site encore sauvage, avec sa chapelle et des bergeries plus ou moins abandonnées. Nous pouvions sourire en étant peinard avec 100 mètres de chaîne et une deuxième ancre s’il le fallait ! Le front passé, le Meltem s’établit sans être trop violent.

C’est un vieux bus cacochyme qui nous fit faire la dizaine de kilomètres de montée à Hora, le village médiéval perché tout au sommet de l’île, si pittoresque avec ses ruelles passant carrément sous les maisons de pierre, terre, et bois…En redescendant, sa vitesse était forcément plus rapide, et le chauffeur klaxonnait sans cesse, pour que vaches, poules, ou autres bêtes, quittent la route avant son passage, ses freins ne permettant pas un arrêt brutal.

- Kythnos
Le meltem était présent quand nous avons contourné l’île de Kéa par le Nord, laissant le cap pointu de Khéfalos bien débordé.
Dans l’île suivante Kythnos. On prit notre mouillage dans un recoin abrité de la baie Irène à Port Loutra. Laissant le voilier bien calme, nous sommes montés au village dominant le paysage du sommet de l’île. voir note : [1]

- Serifos
La météo capricieuse fit que le meltem qui nous poussait bon train vers Seriphos l’île suivante au sud, cessa brusquement pour être remplacé soudainement et avec force par du vent de suroît ! On accosta cul à quai à Port Livadi.
L’île assez grande est escarpée et les villages sont perchés sur les sommets de façon à voir de loin l’arrivée d’éventuels pirates plus ou moins Barbaresques.

Le port restant calme malgré un ciel plombé de mauvaise augure, un bus nous mena à Kora le village principal. La chaîne de moulins sur la crête, n’était plus que ruines lamentables, n’inspirant que tristesse. Cependant, des étrangers avaient acheté et restauré des maisons, un moulin et petit à petit le village redevenait pimpant.

*
- Sifnos
Un couple de blonds Vikings Danois embarqua pour la traversée qui nous mena à Sifnos. Le « bateau-stop » leur permettait de visiter les Cyclades. Nous avons eu un bon Meltem pour filer vers le port, et y mettre notre cul à quai parmi un grand nombre d’autres plaisanciers. Le vent ne mollit pas de la nuit, levant un clapot désagréable. Heureusement, le long mouillage assurait une tranquillité relative.
Un bus nous mena visiter Kamarès, Apollonia, et Pharos, les villages situés au sommet ou au bord de mer sur l’autre flanc des montagnes. De là-haut, dans un vent très fort, on vit parmi les nuages, juste en dessous, le minuscule trou qu’était le port où leur « Béligou » attendait sagement. La nuit fut encore agitée, et le lendemain, le 17 Juin, ce fut la catastrophe.

Le Meltem soufflait avec violence sur l’île de Sifnos, levant un bon clapot dans le port cependant paisible. Ses vacances terminées, la sœur de Madame avait fait son sac, elle devait rentrer sur Athènes par le ferry « Kimolos ».
Ainsi que les autres passagers accompagnés de leurs nombreux amis, elle attendait son arrivée en provenance des îles plus Sud. Cette arrivée était retardée par le puissant Borée soufflant du Nord. Il devait y avoir certainement beaucoup de maldemerdeux à bord de ce ferry !

- L’accident

Dans le minuscule port en arc de cercle, le ferry devait entrer son nez presque à toucher les voiliers, pivoter sur sa gauche, puis perpendiculairement au vent, en marche arrière, se glisser le long de la petite jetée protégeant du clapot tout le port, jusqu’à son enracinement, afin de mettre sa rampe sur le quai pour embarquer les bagnoles. La jetée à peine plus haute que les plus hautes eaux, ne lui servait pas de…paravent. Il y avait peu de place pour réaliser la manœuvre. Connaissant la musique, je me doutais bien que la partie serait serrée, faisant toutefois confiance au collègue Capitaine du ferry, qui devait avoir l’habitude de ce genre de situation... le Meltem étant plutôt courant en cette saison estivale.
Néanmoins, secoués comme des paniers à salade, le vent en plein dans le nez, un pêcheur et un charter appareillèrent. Par la suite j’ai regretté amèrement de ne pas en avoir fait autant… mais si j’y pensai, je n’aurais pu décemment prendre mes cliques et mes claques en abandonnant sur le quai comme un péteux, ma belle sœur avec son sac !

  • Le voici !...C’est bien lui, vas-y mollo Kimolos !
    Vent arrière, il avait gardé une grande vitesse. Le nez arriva à la hauteur des ancres des voiliers amarrés cul à quai. Il battit en arrière toute, tandis que son propulseur d’étrave faisant chasser quelques ancrages probablement trop courts parmi les plaisanciers, l’écarta sur bâbord. Il fit sa marche arrière parallèle à la jetée.
  • Une rafale plus puissante lui écarta soudain le cul, les lamaneurs ayant été trop lents à saisir une amarre.... comme d’habitude !
  • En dérivant, le « Kimolos » commença alors à bousiller quelques pêcheurs. Fouetté par son Capitaine, qui ne voulait pas écrabouiller le restant des bateaux cul à quai du port, ni se mettre le flanc au sec. Il démarra en avant toute et avant de stopper… se planta sur la berge en face l’extrémité de la jetée.
  • Pour se dégager, de sa triste position, il dut battre une centaine de fois en arrière, puis en avant, de toute sa puissance.
    • Lorsqu’il mettait en arrière toute, il vidait quasiment le port, et lorsqu’il mettait en avant, il envoyait un tsunami écumant qui projetait les bateaux contre le quai, se heurtant les uns contre les autres.
    • Il monta même carrément le cul de quelques uns sur les bittes d’amarrages du port où ils se défoncèrent. Toute la flotte amarrée s’enchevêtrait, s’arrachant mutuellement chandeliers et haubanages. Trois ou quatre barques et autant de voiliers sombrèrent. C’était de la démence avec cris et hurlements !
  • Le « Béligou » quant à lui tapa du cul contre le quai. En virant la très longue chaîne pour m’en dégager, j’ai constaté que l’ancre avait été dés-ensouillée par les remous, et ne le tenait plus. Je mis mit le moteur en marche pour avancer et m’éloigner du quai.
    • La foule essayait d’aider les malheureux plaisanciers. Ainsi, deux balaises amenèrent un gros pneu de camion au cul de l’oiseau. Malgré cela, et le moteur en avant, à chaque mise en marche avant du ferry, il cognait avec violence et y laissait des plumes en cabossant de plus en plus son tableau arrière.
    • Parti à l’étrave, impuissant, je poussais avec les autres des hurlements de colère.
  • Tout à coup, je suis descendu comme un fou dans le voilier, et je suis remonté avec l’un de ses sabres ornant le carré. Je le brandissait d’un air si furieux à chaque manœuvre du « Kimolos », que la presse d’Athènes le lendemain, signala que le Capitaine du ferry…qui avait malgré tout avait réussi à se déséchouer… avait été menacé par les victimes, un forcené brandissant même un… long couteau ! (sic)
    Les passagers embarqués, le Kimolos appareilla. J’avais fait la connaissance d’autres Français, navigateurs… occasionnels, devenus « loueurs accidentés », qui forcément ignoraient bien des choses des procédures. Je les regroupai, pour leur montrer comment rédiger un indispensable rapport de mer de façon à justifier la casse aux près des assureurs et les ai entraîné dans la Capitainerie.
    Parce nous formions un groupe un peu organisé et impressionnant pour les fonctionnaires de la Capitainerie, habiles du parapluie ouvert, on obtint une attestation du Capitaine du Port, rapportant en bonne et due forme, les faits et leurs circonstances.
    Après avoir téléphoné à mon assureur représentant « La Préservatife » à La Rochelle, puis déclaré l’accident par fax avec rapport de mer joint, on remonta le « Béligou », au cul bien cabossé, contre le meltem, à Athènes, jusqu’à Zéa Marina.
    Grâce à Jacques l’ami de Michel, un chantier de Pérama se mit à notre disposition, mais nous devions attendre le passage d’un expert de l’assurance venu exprès du gross Pariss, pour faire un constat.

Kerdubon


[1] ndlr : le mouillage indiqué dans la vidéo est celui Ag Stephanou, un peu plus au sud de Loutra

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