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Accueil du site > Littérature maritime > Les Beligoudins - aventures du capitaine Kerdubon > Les beligoudin - Eaux turquoises 1985 chap 10

Rubrique : Les Beligoudins - aventures du capitaine Kerdubon

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Les beligoudin - Eaux turquoises 1985 chap 10Version imprimable de cet article Version imprimable

Publié 20 juin, (màj 22 juin) par : Collectif Salacia   

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Mots-clés secondaires: Traditions_cultures

NDLR : merci à “Kerdubon” capitaine, marin, conteur et explorateur...

Vers la table des chapitres

chap 10 - Eaux turquoises 1985


Eh oui !... il y avait des forêts partout et en Grèce et en Turquie. Le tourisme avec le profit engendré amena les incendiaires qui permit aux promoteurs de bâtir des clapiers pour locations estivales peu onéreuses. Les commerçants marchands de pacotille ont fait tinter les clochettes de leurs tiroirs caisse et les autorités revinrent au système du bakchich... pour ne pas dire « pot de vin »... puisque l’alcool est maudit par Allah !... Quoique la République Turque soit officiellement laïque en qualité de fille d’Atatürk, la population quant à elle, étant musulmane à 99,99% !
Le malheur incendiaire qui se pratiqua aussi en Grèce, je ne dirai pas en France, débuta avec la fin de nos séjours béligoudins en Méditerranée.... Samos brûla la dernière année... mais nous n’en sommes pas encore là !
Juillet débutait, le « Tertre Rouge », car-carrier où je sévissais faisait escale au Pirée. J’ai débarqué pour congés. Les vacances seraient courtes cette année, je n’avais invité personne.

Marmaris

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Un ferry nous mena à Rhodes et sur le quai du port de plaisance, nos amis de « La mouette » un superbe voilier ancien nous transportèrent à Marmaris. Le « Beligou » nous attendait sagement sur son ber à Tersane. Première surprise, le douanier du coin nous demanda un très gros bakchich... pour son chef ! On se serait cru au... Maroc... Comme là-bas, j’ai discuté longuement. Déjà j’avais déjà acheté très cher mon transit-log !... Il commençait à y avoir quelque chose de pourri au royaume du Danemark !
Bref, tout réglé, la place retenue et payée d’avance pour l’hiver prochain, l’antifouling passé sur les œuvres vives, tout en place, nous avons été mis à l’eau le 11 juillet dans un... ouf de soulagement accompagnant le plouf du lancement..

Avec les copains nous allions chez Memmet. Nous aimions ce « restoran » note [1] pour sa qualité et son ambiance. Il y avait ce soir-là Jacques et son épouse connus depuis notre première escale à Corfou, ainsi que Jack le somptueux qui se croyait propriétaire d’un beau navire lorsque les patrons n’étaient pas à bord, car il n’était que skipper… mais recevait de belles passagères de passage... sur les quais. Il était généreux ! Il y avait aussi Marc un violoneux de l’orchestre de Paris, Vasymou, Nounou, puis d’autres nouvelles connaissances dont un Américain possesseur d’un « grand-banks » un puissant yacht à moteur renommé et bien connu, qui occupait sa retraite en sillonnant la Méditerranée dans tous ses recoins magnifiques. Le jour suivant notre arrivée au chantier, dans une des somptueuses et nombreuses cuites qu’il prenait en bonne compagnie, ce Yankee m’avoua avoir été amiral, je le regardai d’un autre œil, mais continuai à la traiter comme un bon copain que je retrouverais fatalement lors d’autres escales en Turquie, du moins je le pensais.

Donc pour revenir à cette soirée, mon amiral bien qu’en retraite, avait des batteries en bon état de tir… et il visait d’un œil énamouré, une baba cool française qui visitait le coin sac à dos et avait atterri par hasard dans ce restaurant qui était loin d’être une gargote. Hélas, malgré une bonne ligne de mire, ce pointeur américain sympathique ne savait pas parler français, même pour séduire la donzelle ! L’amiral était le seul navigateur… solitaire, dans la salle et sur le port, tous les autres convives étaient accompagnés d’épouses, amis ou amies. Tandis que nous dégustions les subtiles préparations de Mehmet en absorbant quelques gorgeons de sharap (vin), il lui vint une idée et aussitôt... il me supplia de... draguer le fille pour son compte. L’histoire était drôle ! Ce fut d’autant plus facile à réussir que Madame toujours prête pour une bonne blague, me donna un coup de main. Emballée facilement, la drôlesse peu farouche au fond, ne déchanta guère lorsque je lui ai avoué avoir agi pour… un amiral ! Au contraire cela l’amusa et le chopin semblait une bonne affaire, même s’il était déjà à moitié cuit… Lorsqu’il le serait entièrement, ce serait sans doute un vrai pigeon facile à plumer !

L’amiral heureux et réjoui paya la tournée générale et Memmet parmi son groupe local de musicos, entama une sorte de danse du ventre, en agitant de frémissements incroyable, sa bidoche ou la graisse le disputait aux muscles. Il était réjoui et ses yeux pétillants fascinaient au point que des couples se lancèrent entre les tables pour essayer de l’imiter. Evidemment ils n’avaient pas consommé que de l’eau et à les voir se dandiner d’un pied sur l’autre, on aurait dit que c’était une danse de canards Turcs prêts à s’envoler car ils avaient également leurs bras écartés et agités. Nous avons bien ri et bien bu tandis que l’amiral prit une allure de fuite avec la gamine qui n’oublia pas son sac à dos, son armoire à trésors en quelque sorte. La bacchanale se poursuivit jusqu’à l’aube, les assistant de Memmet se chargeant d’approvisionner en munitions nos tables ainsi que le gosier des musiciens qui devinrent délirants

Karaagac

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L’étrange et verticale presqu’île de Nimara ferme la baie de Marmaris dans son sud. Après passage par un goulet entre l’île Kerçi et Nimara, on fila route à l’est, vent arrière, le long de la haute chaîne montagneuse, pour virer bâbord et cette fois la longer en remontant vers le nord. Nous étions alors dans la très grande et profonde baie de Karaagaç qui s’étale d’est en ouest derrière la chaîne de montagne contournée. Tout était comme un paradis de verdure et ruisseaux cascadant... sauf dans le sud-ouest, au fond, où les grands arbres avaient été coupés pour faire place à une sorte d’usine équipée d’un port désert...Rien est parfait ! Evitant de s’approcher de cet endroit maudit des dieux de la nature, on mouilla dans l’anse Yorük notela jugeant pas terrible, nous avons filé à l’ouest dans celle d’Aniksas, dans un endroit enchanteur, à l’abri de tout regard dissimulés derrière un rideau d’arbres, près d’une source et d’une rivière qu’on remonta en zodiac, jouant les explorateurs dans ces lieux déserts, sans villes, ni villages, ni cultures d’humains, parmi les chants d’oiseaux, les stridulations et crissements de cigales et autres insectes bruyants dans la journée bien chaude.
Bien mouillés, j’embossai l’arrière sur l’un des arbres de la forêt primaire, car nous allions passer du temps à nous détendre, en finissant de façon relaxée, les travaux de peintures et vernis : coque bleu nuit, pont et roof blancs.
Nous y avons séjourné deux semaines, sans qu’aucun caïque turc, aucun pêcheur ni plaisancier n’entrent dans la baie Karaagaç pendant ce séjour prolongé, ce qui m’étonna. Le Meltem qui souffla par moments avec violence, ne nous dérangea pas du tout !

  • Quel jour sommes nous ?
    • Voyons voir… ma foi… nous sommes le 14 juillet !
  • Nom d’un chien ! Vive la République ! Sers-donc le Raki… puisqu’il n’y a plus de retzina !
    • J’en avais caché une bouteille au fond du frigo !

Ce n’est que bien après, lorsque j’achetai des cartes turques… à jour de toute correction, que je constatai que la baie Karagaç et ses environs, était « zone militaire formellement interdite »… Aux innocents les mains pleines !... On recommencera plus chef !... Cela expliquait l’absence de navires dans cette zone si fréquentée de la côte turquoise entre Rhodes, Marmaris et Féthiyé. L’absence de présence humaine n’était pas un miracle accordé par le panthéon céleste, mais une retombée militaire.

Ekincik
Dans une crique abritée par une pointe, juste en face du « Restoran », nous avions laissé tomber notre CQR qui s’ensouilla profondément par fond de dix mètres.
Ekincik était une baie que les divers guides ou instructions nautiques et autres renseignements obtenus au fil des temps, surtout auprès des copains qui l’avaient pratiquée, garantissent comme particulièrement sûre. Il y avait au mouillage deux ou trois yachts charters et deux caïques promenant des touristes en croisière.
A ce propos, lorsque je demandai à l’un des sympathiques patrons d’un caïque : «  Vous ne hissez jamais vos voiles bien ferlées ? »… Il me répondit : « Jamais… c’est trop dangereux !  » La fréquentation de cette baie s’expliquait par l’embouchure un peu plus loin, mais sans abri, de la rivière menant à Dalyan une cité d’importance moyenne.
Après avoir emporté le cador à terre pour qu’il puisse se dégourdir les pattes, puis ramené à bord pour lui confier la casquette de gardien fidèle, nous pouvions donc aller en zodiac contourner le cap voisin et dans la baie qui jouxte, là où elle débouche, remonter la rivière de Dalyan, dans une forêt de roseaux élevés, des méandres et détours remplis d’oiseaux généralement palmipèdes.

La rivière de Dalyan
Cette rivière de Dalyan était en fait l’ex fleuve Calbys, frontière entre les antiques royaumes Lyciens et Cariens. Sur son cours, Caunus (ou Kaunos), fut un des plus grands ports dès le Xème siècle avant JC, jusqu’à l’envasement complet de l’estuaire. A travers marais et pêcheries, parmi les tombeaux lyciens taillés à flanc de falaise en forme de façades de temples avec leurs colonnes, le fleuve passait maintenant par les ruines de la riche et prospère cité antique. Le site de Caunus en ruine n’avait pas encore eu de fouilles archéologiques… il y a tellement de sites en Turquie !

Nous sommes enfin sortis de la forêt de roseaux. La rivière avait été barrée parfois de filets descendus au fond de l’eau. Pour notre passage, par une antique machinerie de bois, avec engrenages du… même métal, les pêcheurs actionnant les manivelles de leurs étranges cabestans nous interpellaient joyeusement en nous ouvrant le passage.
Nous avons accosté aux ruines de ce qui fut probablement un quai au bord du fleuve antique. Le temps était magnifique, nous étions tranquilles et seuls explorateurs amateurs à bouiner comme des fouilleurs d’épaves.
Donc nous avons visité ces ruines en question, en crapahutant parmi le reste des pierres écroulées par divers tremblements de terre et autres catastrophes plus ou moins naturelles, écartant ronces ou herbes folles, pour apercevoir quelques sculptures et monuments plus en partie enfouis, mais dépassant de la terre d’argile souvent sableuse. On y découvrit une lampe à huile en argile cuite, parfaitement intacte. Sa pointe émergeait d’une zone sableuse et tendre, dans la masse argileuse et sèche.
Nous avons ensuite poursuivi la remontée de la rivière devenue plus large jusqu’à Dalyan et mangé une friture dans une gargote. Le taulier vida nos assiettes et autres ordures… directement sous notre nez dans la rivière… il n’y avait que du biodégradable généralement comestible pour la faune poissonneuse.

De retour à bord, rien n’avait bougé sur la rade, le chien était calme et ne fit aucun rapport sur son emploi du temps. Je lui avais appris à lever la patte devant le dernier chandelier de l’arrière… sous le vent. Un coup de tête à droite ou à gauche, le museau en l’air lui indiquait la direction de la brise. (Certains moins intelligents crachent... au vent !) La brise de mer était faible, bloquée en partie par le cap ne fermant pas réellement la baie.
Deux autres voiliers charter et un caïque nous avaient rejoints au mouillage et leurs clients avaient déjà les pieds sous la table à la terrasse de la gargote illuminée de lampions faute d’électricité. Par chance, les touristes, en goélands affamés par l’air du large, prêts à manger dès six heures du soir, n’avaient pas tout avalé lorsque nous les avons rejoints. Ils parlaient fort comme des Germains qui ne sont pas nos cousins, mais payaient en marks, lesquels à l’époque étaient plus respectés dans cette contrée que le dollar et forcément la lira locale, quant à nos francs… même lourds, je n’en parlerai pas, c’était comme de la roupie !

Je trouvais que l’air quant à lui devenait de plus en plus lourd, quoique n’ayant pas abusé du sharap rouge qui chauffe à 14°. J’ai eu le tort de penser que c’était notre voisinage assez bruyant dans sa langue gutturale qui était pesant d’une part… et d’autre part de ne pas remarquer le calme étrange semblant régner dans l’atmosphère, au point d’avoir fait taire les piafs qui d’habitude à cette heure s’agitaient fort et bruyamment dans toutes les frondaisons où ils vont passer la nuit.

Les vents catabatiques d’Ekincik
La soirée était bien avancée, le ventre rapidement plein, nous avons réglé notre ardoise. C’est alors qu’arriva de terre une incroyable tornade. (Vent « catabatique ») note [2]

Eole endormi avait-il fait un cauchemar ? Tout s’envolait, lampions soufflés, tables avec chaises, poulailler de l’établissement avec ses poules caquetantes de frayeur, papiers plus ou moins gras, torchons et serviettes ! Les navires à l’ancre firent tous un tête à queue et j’ai constaté que notre voilier comme les autres, dérapait en partance… vers l’Egypte, il n’y aurait rien pour l’arrêter avant l’Afrique !

Ce fut une ruée sur les annexes tirées au sec. Le zodiac mis à l’eau, suivi de ma Dame, je n’eus que le temps de sauter dedans, avant d’être emporté full speed, vent arrière, vers le large, sans même avoir démarré le moteur hors bord. A petits coups d’aviron, j’ai pointé le nez de l’annexe vers notre voilier, qui ne naviguait qu’à petite vitesse, ancre pendante au bout de quarante mètres de chaîne. Nous étions déjà bien au large dans une mer agitée, filant à toute vitesse, lorsque nous avons rattrapé notre cavale emballée. Le clébard était à la barre tout comme s’il avait un brevet de capitaine, mais n’avait pas su démarrer la bourrique ni hisser les voiles. Bien rincé par les embruns soulevés par le vent, ayant réussi à grimper à bord tandis que ma Dame également trempée, devenue en quelque sorte « dame de nage », amarrait le zozo sous l’œil inquiet du chien paré à sauter à l’eau pour obtenir la médaille des sauveteurs.

J’ai démarré la bourrique, rentré la ligne de mouillage et nous sommes repartis nous ancrer dans une autre crique, cette fois abritée du nord comme du sud, mais de toute façon la bourrasque était envolée bien loin en mer vers l’Afrique, Eole s’était à nouveau calmement assoupi et replongé dans des rêves paisibles où les souverains Satrapes devenus rois de Commagène, la région côtière, lui tirent leur révérence.
Quant à nous qui avions bien failli naviguer en zodiac jusqu’au pays des Lotophages pour récupérer le ketch vagabond si je n’avais saisi, au passage rapide le long de sa coque, sous le regard du chien impassible à son poste de commandement, le bout d’une écoute pendante que le vent avait chamboulée, nous pouvions souffler.
Le nouveau mouillage effectué, il nous resta à prendre… non pas un grand ris dans la grand voile, mais un petit digestif réconfortant !

  • Pas d’eau turquoise dans mon black whisky s.v.p. Madame !

La baie de Gocek et le golfe de Fethiye

Le mini golfe de Fethiye, sans courant, ni marée, était d’une splendeur incroyable, un paradis pour la plaisance dans le sud de la Turquie. Le nombre de criques derrière un chapelet d’îles et d’îlots parallèles à la côte continentale ainsi que ses presqu’îles élevées dépassait mon imagination de marin... ordinaire. Elles favorisaient cent mouillages merveilleux. Les forets primaires de sapins, pins parasols, chênes verts et eucalyptus recouvraient les montagnes. Elles abritaient une faune abondante et des oiseaux multicolores sifflant sur tous les tons, à l’aise dans cette forêt dense. Le bleu turquoise des eaux claires et transparentes, allié au rouge orangé de la terre argileuse et le vert varié plus ou moins sombre des arbres offraient une palette à la fois subtile et somptueuse. Quand on songe que tout a brûlé, que des routes arrivent maintenant jusque dans les criques, c’est à désespérer de la pauvreté du puissant cerveau des hommes !

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Nous étions seuls embossés à des arbres, seuls au monde aurait-on dit. C’était de bon matin, le soleil montait derrière la montagne, l’air était déjà tiède, la journée serait belle. Selon son habitude, madame se baignait dans la tenue d’Eve au premier matin du monde, en agitant le moins possible ses ripatons palmés pour ne pas troubler la quiétude ambiante, ni quelques poissons également matinaux qui sautaient hors de l’eau pour gober des insectes venus se rafraîchir ou s’abreuver. L’eau était d’une transparence parfaite, on aurait cru, en la regardant du pont du voilier, qu’elle planait dans le vide. Sur le fond d’herbier et sable dix mètres au-dessous, on pouvait d’ailleurs constater que l’ancre était bien ensouillée.

A bord le chien me regardait faire le café dont l’odeur remplaçait celle des fleurs sauvages, des herbes aromatiques, ainsi que celle des conifères qui avaient embaumé notre nuit. C’est alors qu’arriva d’un sommet de la montagne élevée, cernant la crique, le chant d’un pâtre rassemblant ses chèvres munies de clochettes venues se faire traire.

Il n’y avait pas de routes, pas de villages des kilomètres à la ronde, rien ni personne d’humain ne vivait dans ces montagnes boisées, où demeuraient encore des ours. D’où sortait-il avec son troupeau ?… Etait-ce Apollon, le « dieu du chant » en personne ? Bien qu’on soit au pays d’Atatürk, ce chant n’était pas comme de la musique turque. La mélodie était ancienne comme cette partie du monde, généreuse et profonde, comme les aspirations de l’homme de l’an zéro. C’était primitif, sans doute une antique chanson pastorale. C’était beau, impossible à décrire ou commenter… comme un cantique au dieu Pan ! Ce chant fit taire celui des merles et autres hôtes emplumés des bois, pourtant si bavards, le matin après leur terreur nocturne.
J’ai eu le malheur d’écouter ma sirène ! Elle m’appelait pour que je profite de la beauté du chant et du paysage dans le soleil devenant de plus en plus doux, en illuminant la tête des arbres.

Dès mon apparition dans le cockpit… le chant cessa, les tintements cristallins des clochettes des chèvres s’éloignèrent sur l’autre flanc du massif qui enserrait une autre baie… où peut-être d’autres naïades s’ébattaient, dans des éclaboussements irisés par les rayons du char de Phébus, « dieu-soleil », poursuivant sa course quotidienne !

Le soir de cette histoire pastorale nous avons eu la surprise de voir notre quiétude troublée par l’arrivée d’un yacht britannique. Le barreur était abrité par un casque colonial typique de l’armée des Indes, genre melon blanc avec toile flottante pour protéger la nuque.

A l’approche de ce voilier, nous avons compris en entendant les ordres donnés avec un ton d’adjudant, que le skipper était une femme… Outre le casque, elle était vêtue d’une gandoura blanche et barrait d’une main ferme et sûre. Les voiles furent amenées et ferlées en un tour de main, l’ancre et la chaîne filées à quelques dizaines de mètres de nous.

  • Ma parole, c’est Miss Lawrence d’Arabie !… dit Madame Kerdubon et le chien agita la queue en signe de bienvenue. L’équipage était constitué par quatre autres femmes en tenues aussi excentriques, avec chèches les coiffant en style mauresque. La plus jeune du bord qui forcément n’était pas le chef de cette expédition en territoire du Grand Turc, devait avoir… soixante-dix ans bien tassés !
    • Diable !... C’est la croisière du quatrième âge madame !... Chapeau !

Le petit matin suivant, ma Dame ne se sentant plus solitaire, voulant respecter l’ordre victorien, lequel voulait qu’on mit des bas aux pieds des tables pour les rendre moins obscènes, enfila son maillot de bain pour sa trempette et plongea. Nul berger, chanteur ni danseur de Zeybek ne l’encouragea, seules les biquettes émoustillées agitaient leurs clochettes dans les sous-bois. Sortant la tête hors de l’eau après son plongeon, quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver parmi les cinq Anglaises s’agitant à pleins bras et jambes dans l’onde pure, qui jouissaient également de l’instant magique, avant que le soleil ne passe par-dessus les montagnes. N’ayant pas été présentées… le salut mutuel fut très discret, d’autant plus que la conversation de ces dames d’un certain monde, devait être de la plus grande importance pour l’avenir des suffragettes et l’ordre de l’univers. La surprise de ma dame se mua en stupéfaction, en constatant que ces respectueuses femmes… étaient à poil !

Le port de Fethiye
Le port de Fethiye était un point de passage et de ravitaillement obligé les yachts qui vont le long des côtes de Turquie. Ayant différents achats à faire dont nos billets d’avion pour un retour à la fin de notre séjour qui approchait, j’ai mouillé juste en face du port pour avoir du calme.
Un matin, laissant la garde du navire au chien, nous avons pris le zodiac Madame et moi-même, pour aller à quai procéder à nos emplettes au marché et dans une agence de voyage acheter nos billets retour en avion. Au passage, on laissa nous sacs poubelle dans l’une des bennes prévues pour cet usage.
A l’agence de voyage locale, la panique nous frôla un instant.

  • Où as-tu mis la pochette ?
    • J’ai du l’oublier à bord !
  • Non je t’ai vu la descendre dans le zozo en même temps que les sacs poubelles !
    La précieuse pochette de cuir contenait les passeports, d’autres papiers et pas loin de 2 briques (proche de 3000 €)…le reste de notre budget vacances et avion…. Pourquoi n’avais-je pas une banane comme les toutous normaux ?
    • Nous allons refaire le parcours à l’envers !
      Les bennes à ordures étaient très hautes. Je fis un rétablissement. Plongé à mi-corps à l’intérieur du bac plastique, mes pa-pattes fouettaient l’air qui commençait à devenir bien chaud, tandis que mes mains dégageaient les ordures accumulées pardessus les miennes depuis mon passage. Vu l’odeur et l’abondance des mouches, j’avais bouche close et j’évitais de respirer.
      Ouf ! J’ai retrouvé ma précieuse pochette un peu salie, mais au trésor contenu intact ! Si les poubelles avaient été moins hautes, le découvreur étonné par ce trésor aurait fait main basse sur une… pochette surprise !
  • Tu vois affreux Jojo… cette poubelle n’avait jamais été aussi riche !
    • Qui a dit que l’argent n’a pas d’odeur ?

Les quais étaient fort encombrés et nous y avons retrouvé des copains. En bande, nous sommes allés goûter aux joies du hammam. N’aimant pas les intermédiaires, je ne pris guère de plaisir à voir nos épouses pétries par les masseurs et quand ce fut mon tour, j’ai hurlé de douleur lorsque le malabar dégoulinant de sueur, monté sur mon dos... pour me relaxer, manipula mes membres de tous côtés, me fit une sorte de clef en s’attaquant à mon épaule démise deux fois il y avait peu de temps ! J’ai préféré les franches rigolades chez le barbier qui vous enflammait les poils d’oreille, ou tout bonnement celles du simple restauran !

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Babadağ (ou Mont Baba)

Karaçaoeren
Route au sud, on doubla le Cap Angistro pour aller mouiller dans une anse de l’île Karacaoren où le coucher de soleil illumina de tous ses tons chauds les hautes montagnes du sud-ouest continental Turc.
Tôt le lendemain, deux ou trois barques débarquèrent non loin du mouillage sur une pointe rocheuse et dénudée, un invraisemblable bric à brac de chaises, tables, casseroles, fourneaux à braise, ainsi que d’autres bricoles et accessoires, dont des glacières et des bouteilles de toute nature. Le soir, un restaurant était ouvert éclairé par des lampes à pétrole sous pression. Un délégué vint jusqu’à notre ancrage assez éloigné pour nous proposer son menu. Il n’y avait pas un seul autre chat dans le voisinage !

Note sur la Mont baba en arrière plan [3]

Kalkan
Fort vent arrière, nous avons passé les sept caps à toute vitesse pour aller à Kalkan petit port très bien abrité par une jetée nord-sud en construction, perpendiculaire à la côte.

Kastellorizo
Le jour suivant, puis d’un seul bord mouillage cul à quai dans le port de Megistri ex Kastellorizzo, la dernière des îles grecque du Dodécanèse où une grande pancarte rappelait : « Ici finit l’Europe ».
Cet endroit unique était très peu fréquenté. Un seul ferry faisait la liaison une fois par mois « temps permettant » pour amener notamment le ravitaillement indispensable aux rares habitants de ce caillou. A présent, un aéroport a été construit et de Rhodes des navires rapides font visiter l’île dans la journée pour un prix modeste !

Jadis... au siècle dernier, la grande baie portuaire était une escale obligée pour les grands hydravions « Latécoères » qui reliaient Marseille à Beyrouth. (Le Liban était sous mandat Français avant son vol par les Anglais puis son indépendance)

Pendant la dernière guerre, les habitants de Megistri furent évacués de force par les Anglais, qui craignaient une improbable invasion turque et expédiés en Egypte ainsi qu’en Australie. Kastellorizzo fut alors rasée soi-disant par un raid Allemand dont on a jamais retrouvé traces dans les annale de la Luftwaffe. Par contre une vieille qui était restée et avait réussi à se planquer, affirma que les gens partis, la flotte anglaise canonna l’île. D’autres parlent d’un dépôt d’essence anglais qui aurait sauté !

La guerre achevée, les évacués d’Egypte revinrent et restaurèrent le front de mer où ils s’établirent. Hélas ceux d’Australie vinrent d’abord en vacances, puis réclamèrent leurs droits de propriétaires ! L’histoire va perdurer un certain temps !

Un pêcheur avait ouvert une gargote « Le petit Paris ». Yorgos le patron sympathique nous convia à venir manger l’espadon qu’il avait pêché. Grillé sur braises et herbes, avec de la retzina bien fraîche, le régal fut assuré et une amitié naquit.
Un pêcheur de Kalimnos atterri sans doute ici par suite d’une... erreur de navigation, avait séduit sa fille et voulait l’épouser. A cause de mon air de « faux curé », Yorgos d’autant plus désespéré que son épouse était sous dialyse à l’hosto de Rhodes, en confidence s’ouvrit à moi, en commençant par dire : « c’est un étranger ! »...

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Le pope quant à lui, dès le matin faisait la tournée de ses ouailles lui rafraîchissant la glotte. Comme il passait par là, je l’appelai à la rescousse pour conseiller notre nouvel ami. Il était plus noir que sa soutane bleuie de crasse ! Il posa sa « sten »... une mitraillette anglaise à mauvaise réputation qui ne le quittait guère, de crainte d’une... invasion turque... et nous fit une démonstration de son talent de… ventriloque. Faisant parler... la mer, je n’ai pu comprendre exactement ce qu’elle dit... mais le pêcheur Kalimnote épousa la fille de Yorgos peu de temps après notre départ !

Achevant sa bouteille de retzina, le pope assura à Yorgos et moi-même que tout aller s’arranger... et il partit en chantant un cantique, battant la mesure avec sa seringue... non sans omettre de passer la main aux fesses à madame !
Une femme complètement déboussolée et que tous ici appelaient « la folle » hantait le village. Les autres habitants vivaient en paix apparente passant leur temps d’ennui comme ils pouvaient. L’afflux de touristes ne saurait tarder, l’hiver et l’isolation serait au moins... plus court pour eux.

L’intérieur du village n’était encore que ruines. Des hauteurs, la vue plongeante sur la rade et le port était magnifique.

Karaloz puis Finike
Sur la face sud de l’île Kékova, dans l’anse Karaloz nous sommes allés nous mettre au vert. Cette magnifique calanque, profonde, déserte et sauvage était un abri plus qu’agréable note [4] . De là, nous sommes allés dans le port de Féniké non pour y goûter... l’eau, mais prendre un bus et aller voir la marina de de Kemer où je comptais mettre mon voilier l’année prochaine. En dolmuches, nous avons poussé jusqu’à Antalya.

Gokkaya et Kale
Le mois de juillet s’achevait, il allait bientôt falloir réintégrer le boulot, Féniké fut notre point le plus à l’est cette année-là. Première étape de la remontée contre le vent ; l’anse de Gokkaya et le lendemain celle d’Uçagiz, assez loin du village, à ras de la presqu’île ouest qui ferme la moitié de la baie.


Les chaînes de montagnes très élevées, au sud du Taurus, parallèles à la mer, finissent en effondrements successifs, créant le long de la côte en cet endroit précis, appelé Kékova, une suite de baies tout aussi parallèles entre elles d’une part et à la mer ouverte d’autre part. Elles communiquent par des passes relativement étroites, ce qui en fit des abris incroyables, des refuges inexpugnables pour différentes successions de pirates de toutes nationalités, à toute époque, depuis les Kurdes et les Crétois qui seraient les ancêtres des Lyciens.

Un gros fort turc datant des croisades couronne un éperon rocheux dominant la baie Uçagiz, la plus intérieure. Nous avons escaladé pour monter sur les remparts. Nous nous sommes également baignés parmi les tombes Lyciennes émergentes. Faire trempette dans un cimetière marin n’est pas banal.

Nous étions dans le royaume du souverain Comagène, ami des Romains de jadis. Les séismes y furent tels que du fond de la baie émergeaient quelques tombeaux et les ruines d’un temple englouti. C’était plaisant et agréable de se baigner dans ces eaux chaudes et transparentes, remplies de… vieilles pierres, notamment des tombeaux du petit cimetière marin.

Dans le début de ces années, aucune route ne menait à Kekova. Seuls des chemins muletiers reliaient ce hameau de pêcheurs pirates au reste de la Turquie, en pleine Lycie. Avec la pêche, leurs jardins à la terre riche, leurs brebis et vaches errant parmi les ruines d’une ville antique, les habitants étaient autonomes pour leurs provisions de première nécessité. La ville la plus proche étant à quelques journées de selle, l’accès le plus facile se faisait par mer.
Mouillé tout au fond de l’anse, à un petit mille d’Üçagiz, j’ai bien aimé surveiller les ébats matinaux des gros phoques moines, qui ont dû maintenant émigrer, vu l’afflux prévisible d’engins flottants de toute sorte, depuis le bidet de plastique en passant par le caïque en eucalyptus, sans parler des « cabains cruisés » de toutes marques et probablement quelques « scooters » du même métal, venus de Feniké, Kas, ou même de Rhodes !

Nous profitions du calme par un joli matin, lorsque du continent une barque se détacha avec deux hommes qui accostèrent l’île derrière laquelle nous étions. Cela nous donna l’idée d’aller visiter cette petite île évidemment sans habitants, lorsque ses… jardiniers en repartirent comme ils étaient venus… De son sommet, la vue sur le mini archipel était superbe. Nous étions sur une plantation bien propre et bien rangée de… cannabis ! note [5]

  • Tu comprends pourquoi il n’y a pas de chèvres ?
    • Forcément, l’herbe magique en ferait des diablesses cornues !

Uçagiz
Le soir, pour dépenser quelques liras turques, nous sommes allés dans l’unique « restoran » assez sale mais sympathique. C’était un hangar assez long attenant à un côté de la maison des propriétaires. En son centre il y avait une très vaste cheminée où ronflait en crépitant sur un grand brasier.
Le chef y officiait en cuisant toutes sortes de grillades délicieuses, depuis le poisson jusqu’au broutard ou la biquette coriace. Ce

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In memoriam « Tony »

cook était cuit à tous les sens du terme. Le raki remplissait sans arrêt son verre, la fumée du haschich de ses pétards donnait plus d’odeur que celle du bois de pin qu’il brûlait en y jetant des brassées de laurier et de thym, pour parfumer son hangar ouvert au large. Lorsqu’il fut complètement HS, il se larda de coups de couteau pour éliminer un peu de son sang trop violent à son goût et s’approchant du brasier, allait s’y rôtir, pour cicatriser ses plaies superficielles, lorsque ses sbires serveurs habitués à ses manies et pratiques, le saisirent pour l’en empêcher.
Ce cuistot incroyable était Tony qui aima venir parler avec nous, car il avait appris et pratiqué notre langue dans la prison des Baumettes non loin de Marseille. Il avait été un des lampistes impliqués dans « l’affaire du Combinatie » qui défraya la chronique judiciaire dans les années 50, la vendetta corse qui suivit et fit une trentaine de victimes, durant une vingtaine d’années… pratiquement autant que sa peine de prison où il était au chaud, à l’abri des rafales vengeresses de mitraillettes souvent imprécises lorsqu’elles règlent des comptes incertains
Lors d’une des dernières fois que nous sommes venus un ou deux ans après, à notre grande surprise, la gargote s’était modernisée… Un barbecue fonctionnant avec des bouteilles de gaz remplaçait le brasier crépitant… Tony était mort et enterré, ses histoires avec lui ! On y parlait de l’arrivée imminente de l’électricité… lorsque les poteaux seraient plantés le long de la route montagneuse qui venait d’être ébauchée.

Kaş

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Remontée à Kaş contre vent de noroît. Pas de difficulté remarquable.
En pénétrant à l’abri de la jetée dans la rade portuaire de Kaş, on pouvait repérer au fond un théâtre Grec antique apparemment en parfait état, puis à côté la mosquée d’un blanc immaculé, preuve évidente que les siècles ne se ressemblent pas... du moins quant à leur religion pratiquée !
Le village était resté moyenâgeux, avec ses petites maisons de torchis passées à la chaux blanche, aux bois de galandage noircis par les ans, avec ses ruelles de terre parfois cimentées avec caniveau central. Les poules et canards erraient parmi les petits tas d’ordures et ne se dérangeaient pas pour vous laisser passer.
Au balcon d’une de ces maisons où pendaient des tapis mis à dépoussiérer, une fillette ravissante étonnée de voir des étrangers, nous fit un sourire… digne de Lolita. On aurait pu dire après unes après-midi de balade qu’il faisait bon vivre ici car les gens étaient des plus sympathiques y compris l’officier de port, qui nous aida à retrouver les cousins de Yorgos, alors qu’il était encore interdit de passer d’un bord à l’autre des quelques milles, séparant Grecs et Turcs. Cas cousins avaient du quitter Megistri parce que Musulmans lors des partages de territoires.
Depuis deux mois, pour cause de mauvais temps, le ferry de Rhodes n’était plus venu. Yorgos m’avait confié une liste de provisions à acheter à ses cousins.

Lazarakis à Kastellorizo
Kastellorizo attendait mon chargement de les fayots, d’huile, des yaourts et même de la farine pour les fours individuels... car le boulanger Egyptien était parti... avec le pope orthodoxe. Ces vivres s’arrachèrent des mains de Yorgos note [6] qui avait pensé à ses amis. Il faut dire que le prix « coûtant » que je faisais, était inférieur à ceux venus des produits venus de Rhodes. La foule avec Yorgos et ses amis, groupée au pied du planchon était cependant bien sage... seule en arrière-plan, « la folle »... dansait à la manière des Gitanes... sans filtres !
L’histoire est comme celle de Fernand Reynaud ! Les habitants de retour le conflit mondial achevé, avaient eu besoin d’un indispensable boulanger. Ils ramenèrent d’Alexandrie un couple… qui était bien sympathique, mais évidemment pas originaire de Kastel et musulman de surcroît ! Au bout de quelques années, ils firent au boulanger une guerre psychologique épouvantable au point qu’il s’échappa en même temps que le pope… son ami orthodoxe, bien plus tolérant au fond ! Personne ne sut ou voulut rallumer le four du boulanger et les femmes firent chacune des galettes à leur façon… « Au clair de la lune, il n’y a plus de pain chez nous !  »

Quant au pope, il amusait les hommes, mais les femmes bigotes finirent par demander à l’évêque de Rhodes de le… débarquer, ce qu’il fit, l’envoyant en pénitence dans un couvent de son évêché de Rhodes… Hélas, il n’y avait pas de remplaçant volontaire pour venir dans l’isolement de l’île, tout particulièrement l’hiver, où une centaine d’habitants étaient dépressifs. Une vieille femme m’accrochant par la manche me demanda :

  • Vous pourriez pas nous ramener aussi un Pope ?
    • Le costume t’irait bien, tu as déjà la barbe !... ricana madame, tandis que le chien battait de la queue en signe d’assentiment.
  • Le diable serait dans le bénitier !

Décidément il s’était passé bien des choses en si peu de temps, ce n’était pourtant pas un séisme qui avait secoué les populations !

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Remontée au vent et passage des 7 caps
Retour à Kalkan pour un mouillage de nuit, puis pénible remontée sur Karacoren avec passage des redoutés sept caps, contre vent fort, courant et houle résultant. Impossible dans les paquets de mer coiffant parfois l’avant et l’agitation du voilier, d’envoyer le chien contre un chandelier...

Exceptionnellement madame lui montra la douche de la salle de bain et... il visa bien le trou d’évacuation pour se soulager en gémissant doucement... de bonheur !

Enfin au calme dans la baie de Fethiyé, nous avons mouillé dans l’anse Tersane, puis dans celle de Bédri (ndlr : probablement l’anse nord de « Tomb Bay ») .

Ce 15 août, nous étions seuls embossés à des arbres. L’atmosphère électrique, le besoin de remplir ma cuve à eau douce et de faire des vivres frais, m’incitèrent à aller au port.

Retour à Fethiye
Nous avons filé vent arrière, poussés par le souffle puissant qui se levait de nord. Evidemment des quatre coins du golfe, on aurait dit que tout le monde avait eu la même idée, ce qui fait que le quai du port de plaisance de Feythyé plein face au nord, était tellement occupé que bien des yachtmen ne se comportaient plus en gentlemen, mais s’enguirlandaient vivement, en se créant de la place à grands coups pétaradants de leurs moteurs fumants. La manœuvre était relativement facile puisqu’il suffisait de mouiller et que le vent qui s’enflait encore, faisait culer en douceur vers le quai. Bien des mouillages n’étaient hélas constitués que d’un bout de chaîne à l’extrémité d’un ridicule câblot.

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  • Look Jojo !… me dit Madame... on dirait qu’il y a moins de monde au quai ouest !
    • J’y GO !… Les yachts n’y allaient pas, car de toute évidence, il fallait mouiller loin du quai puis reculer plein vent de travers… ce qui n’est pas évident pour un manœuvrier aoûtien, sur un bateau loué, qu’il ne maîtrise pas très bien.
      La toile fut rentrée tandis qu’on glissait devant le nez des voiliers orientés cap à l’ouest. Il y avait un trou entre deux bateaux. J’ai viré à droite toute, mis toute la gomme à Mercedes pour ne pas dériver, visant toutefois un peu à droite de l’emplacement choisi.
  • Mouille et laisse filer la chaîne !
    En « arrière toute », à très grande vitesse, notre voilier cula n’étant dépalé par le vent de travers que d’un petit mètre. Les occupants des yachts voisins qui avaient craint le pire en voyant mes folles allures, attrapèrent les aussières que je leur balançai, juste avant de cesser de battre en arrière toute, pour inverser en avant, avec mon moulin et enfin stopper bourrique et voilier.
    • Etale la chaîne, embraye et reprend du mou !... Les aussières tournées, la chaîne raidie, un bruit étrange nous fit tourner la tête. Mes voisins qui avaient maintenant les mains libres après avoir passé les aussières dans les anneaux… applaudissaient.
  • Tournée générale au Raki, venez à bord !

Un grain arriva avec une violence inouïe. Ce fut la panique avec cris, hurlements et injures, au quai nord. Les chaînes, pas assez longues, firent qu’avec le vent devenu puissant, les ancres draguèrent et chassèrent. Les balcons et filières s’entremêlèrent, les culs cognaient contre l’appontement.
Mes invités et moi avons lâché nos verres, pour saisir des ballons et autres défenses, nous précipitant dans la pluie et le vent devenu démentiel, afin d’aider les collègues du quai nord.
A notre quai ouest, il ne se passa rien, les habitués de ce quai mouillaient généralement très au large, quant à moi, j’avais 80 mètres de chaîne de 12 dans la marinade !

note du rédacteur : des coups de vents violents et imprévisibles, souvent orageux, peuvent sévir sur cette zone [7]

Retour vers Marmaris
Mouillages en baie d’Ekinçik à Kizilkuyruk dans l’anse double au nord, puis le lendemain dans l’anse sud avant de filer sur la baie de Marmaris. Où nous avons mouillé le 23 août.

Nous avons constaté en jetant l’ancre en face du quai encombré de barques de pêches et autres embarcations à faible tirant d’eau, que des hôtels avaient poussé en grande quantité et qu’une foule touristique se pressait sur le quai devant les multiples restaurants et autres lieux de sustentation. Le grand rush européen commençait !

Tous les soirs la surpopulation des nouveaux immeubles et hôtels, créait une telle surcharge de consommation électrique… que c’était la panne générale, le black complet jusqu’à deux heures du matin. Les étalages des poissons et autres mets sur les bancs de glace à la porte des restaurants, chaque soir, tournaient de l’œil dans l’eau de fonte… gare à la tourista !

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Un matin, au lever du soleil, j’ai pris le zodiac pour que mon chien puisse lever la patte et que je puisse mettre nos ordures dans les bennes du quai, en grande partie désert. En approchant, je vis un type qui tenait une ligne d’une main et de l’autre me faisait signe de m’écarter un peu. En accostant, je vis le soi-disant pêcheur, en fait un restaurateur, qui remontant sa ligne en ramenait un gros thon… ficelé par la queue. Faute de glace, il avait mis son poisson à la trempe pour la nuit… hélas les crabes étaient passés à l’attaque, son poisson ruisselant mais pas très frais… avait une drôle d’allure, le type se lamentait.

  • Quelle perte !
    • Faites-en de la soupe !... conseillai-je. Profitant de la virée à terre, je suis allé chercher du vrai pain délicieux… comme jadis en France, dans une ruelle derrière le port.

Cette ruelle très commerçante avait des boucheries fort affairées. Les bouchers, en cirés et bottes, lavaient à grande eau d’énormes quartiers de viande, directement sur le trottoir, employant généreusement… du produit à vaisselle, qui moussait tellement sous le frottement des brosses emmanchées, qu’assurément le goût du « bonfilé-chips » serait bizarre dans l’assiette des touristes… peut-être un peu parfumé… comme le café à l’eau de rose !
Dans la poignée de collègues à l’ancre, nous avions retrouvé des copains. Nous avons fait une dernière fiesta chez Mehmet, le cuisinier danseur !

Le 29 août, le « Beligou » fut tiré au sec. Il fut désarmé dans les règles, bien clos et tranquille sous les eucalyptus Turcs à l’est du fond de la baie
Bus de nuit pour Izmir. Deux jours d’attente à rôder sur le port et admirer les caboteurs en bois, ainsi que dans le kalé (château)... puis retour à Paris et La Rochelle


Kerdubon...


[1] ndlr : le vocabulaire turc comporte de très nombreux mots tirés du français. La genèse remonte à Atatürk quand il a refondu la langue turque. Le turc ancien, s’était altéré de perse et d’arabe, incompréhensible pour le peuple. Atatürk a donc réuni une commission de doctes experts pour réformer et le vocabulaire, et la grammaire. On a du mal à imaginer aujourd’hui l’aspect révolutionnaire d’une telle innovation !!! Lorsque cette commission est venue présenter son travail à Atatürk, il leur a demandé : « combien y a-t-il de mots dans ce nouveau dictionnaire » : 33.000 mots Mr le président, lui dirent- ils… Bien dit il, il y a 63.000 mots dans le dictionnaire français (il était francophone et francophile), « vous avez 3 mois pour me trouver 30.000 mots supplémentaire ». Atatürk n’avait pas l’habitude de plaisanter, alors la commission se mis au travail dare-dare, et en 3 mois turquisait 30.000 mots originaires du français.

[2] ndlr : Ekincik, comme de nombreux autres sites, aux pieds du Taurus, est sujet aux vents catabatiques. Dans certaines condition topographiques et de situation météorologique, une masse d’air froide se trouve bloquée, en altitude, contre la pente, en reposant sur une masse d’air chaud, en équilibre instable. A la tombée de la nuit, quand se rompt cet équilibre, l’air froid s’écroule littéralement le long de la pente, générant des vents très violents (jusqu’à 50 nœuds). Caractérisée par une absence de vent dans une atmosphère étouffante, ces vents sont connus des locaux, qui ne savent le prévoir que peu de temps, avant le déchaînement de la tempête.

[3] ndlr : pelé, monumental, le Mont baba (Babadağ en turc) Baba c’est le père en turc, se prononce Babadaaa, la tilde sur le « g » indique simplement que l’on prolonge la voyelle le précédent, sans qu’il se prononce. D’une hauteur de 2000 m, il domine toute la région, les pieds dans l’eau, à la hauteur de Karaçaoeren, et Olu Deniz, il commande aux vents et en particulier au Meltem qu’il renforce furieusement à le long de la côte des 7 caps, une zone de turbulence maritime à prendre en compte. Même, sans Meltem, ce bloc de roche chauffé à blanc, est capable de déclencher de nuit, des vents thermiques violents.

[4] ndlr : voir 20 ans après le passage de Joachim : https://vimeo.com/342789931

[5] ndlr : quelques années plus tard, nous avons constaté les mêmes faits : entre Kale (le château d’Uçagiz) et Gokkoya, il existe une petite anse, avec une source d’eau fraîche. On l’appelait l’anse de l’argent mouillé, car Mustapha qui y animait une petite taverne, avait installé un panneau bien visible du large : « ici on accepte l’argent mouillé ». En effet, manquant de profondeur d’eau pour accoster, beaucoup de plaisancier, y venait à la nage… Mustapha, avait aussi affiché une annonce, expliquant qu’il recherchait une femme. Il l’a souhaitait jeune, courageuse et économe !!! Mustapha cultivait aussi un peu de cannabis, puis le succès venant, il a agrandit son exploitation. Assez maladroitement, il faut dire, il se situait sur un terrain militaire (comme toute la zone de Kekova, d’ailleurs), et un jour les militaires ont débarqué, et ont expliqué à Mustapha : bon… quelques pieds on veut bien Mustapha, mais… trois ares… tu exagères !!! Et ils ont tout détruit, y compris la taverne…

[6] ndlr : Yorgos Lazarakis est troujours présent à Kastellorizo, mais moins actif, c’est son frère qui tient la boutique, du « petit Paris ». A côté, un grec jovial anime un autre restaurant : « l’Athena » il a épousé un jeune femme russe qu’il juge un peu dépensière

[7] ndlr : probablement du à la présence du Mont Baba, des coup de vents ou des orages subits peuvent tomber sur la zone, ici, au mois de mai 2011 à Gocek :

20110511_gocek_006 from michel perruchot on Vimeo.

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