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Accueil du site > Littérature maritime > Les Beligoudins - aventures du capitaine Kerdubon > Îles ioniennes cousinage - 1981

Rubrique : Les Beligoudins - aventures du capitaine Kerdubon

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Îles ioniennes cousinage - 1981Version imprimable de cet article Version imprimable

Publié 2 mai, (màj 6 mai) par : Collectif Salacia   

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Mots-clés secondaires: navigation_divers , Traditions_cultures

NDLR : merci à “Kerdubon” capitaine, marin, conteur et explorateur...

Vers la table des chapitres

Épire - Îles ioniennes - Cousinage 1981



Après une longue période seuls avec notre chien, nous avions nos habitudes et notre routine. Si nous apprécions la compagnie de gens de qualité, joyeux et bons vivants, on trouva parfois les 12 mètres de notre voilier bien petits l… Les invités qui vinrent par la suite… n’avaient pas tous vécu à la mer sur un voilier, (ce qui n’était pas le cas des cousins attendus à Préveza). Ces invités avaient leurs propres habitudes de terriens... Allez expliquer à une charmante cocotte, pas forcément Parisienne, que la réserve d’eau douce à bord n’est pas inépuisable et que la douche ne doit pas durer une heure… c’est comme si vous « pissiez dans un violon pour jouer de la musique »... disais-je grossièrement. D’aucuns avaient ce temps relativement court passé à bord, pour dépenser leur budget vacances… tandis que le nôtre devait s’étaler sur 5 ou 6 mois… Il n’était donc pas question pour nous d’aller par exemple déguster du homard à chaque bordée d’invités, ni d’avoir d’autres fantaisies, il fallait financièrement tenir jusqu’à la fin de notre séjour en Grèce avec ce dont nous disposions. Le système fonctionnant à bord était celui de la bourse commune. Chacun mettait la même part dans le pot commun et le bord vivait sur ce pot… qu’il fallait souvent réalimenter. L’invitation des parents et amis était gratuite cela allait de soi, mais on allait pas les nourrir à l’œil ! L’un de ces invités un peu rapia sur les bords, amusa toute la compagnie, en se faisant rembourser les quelques vivres introuvables en Grèce à cette époque et qu’il amenait de France, notamment…de la moutarde !... D’autres parfois allèrent s’offrir un gueuleton en suisses… c’était fort compréhensible et ne me vexait pas... « Devant un plat de fruits de mer... il ne faut jamais dire aux marins : Mangez mangez, vous ne savez pas qui vous mangera ! »... leur disais-je !

Lefkas et son canal
Mon cousin avec lequel j’étais très lié et son épouse embarquèrent. Route au sud, vent fort de l’arrière, « la paille au cul et le feu dedans  » … Nous sommes arrivés en baie Demata... sans démâter ! C’est l’entrée du canal ayant fait de Lefkas une île détachée de l’Acarnie continentale. (Leucade pour les géographes de Napoléon) D’après les dires anciens, ce seraient les Corinthiens qui l’auraient creusé au 7ème siècle.
Le canal embouqué, à son extrémité sud (voir note [1] ), on s’arrêta dans le port de Lefkas capitale de l’île. La ville rapidement visitée nous offrit deux curiosités. Une église dont le clocher fut la réalisation probable d’un admirateur de Gustave... notre Eiffel national d’une part, et d’autre part d’un vin incroyablement noir, d’où son nom mavro viti. Ce « vin de Sainte Maure » (autre nom de l’île donné par d’autres géographes à l’île) un pinard épais, à l’arrière goût de cassis… était un régal chargé à 14 ou 15 % d’alcool. Néanmoins, il ne nous fit jamais mal à la tête. L’église non plus !

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Citadelle délimitant l’entrée Nord du canal
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Détail de la citadelle, en arrière plan, les marais
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Le campanile « Eiffel » de Lefkas

Baie Gonion en Nidri
Les bonbonnes remplies avec du mavro viti, on allait sûrement pas moisir dans ce port bruyant et un peu nauséabond. Nous sommes allés laisser tomber la pioche dans de nombreuses baies abritées ce soir-là et les jours suivants, ce qui nous permettait d’aller fréquenter loin des sentiers battus, quelques coins charmants avec des paysans ou pêcheurs,sympathiques, et forcément, des tavernes accueillantes.
Dans l’une des fermes derrière la baie Gonion, en face de Nidri steno, une femme filait de la laine à l’ancienne, sans même de rouet à roue, seulement un toton de laine brute sur un bâton, et un poids au bout d’un autre bâton ou s’enroule le fil étiré… Était-ce Clotho la Parque qui file le fil de la vie que sa sœur Atropos coupera un jour ?
Le chien appréciait autant que nous ces escales bucoliques sous les oliviers et chênes verts, où à écorce de liège. Certes, il n’avait pas le mal de mer, savait se caler à la gîte, changer de coin lors des virements de bord, mais il préférait le plancher des vaches. Il n’était jamais le dernier à sauter dans le zodiac, ou enfiler le planchon sans vertige, lorsque le « Béligou » était cul à quai.

Sivota et les « flotillas »
Contrairement aux autres plaisanciers, des durs…à réveiller le matin, j’appareillais très tôt, pour être au mouillage avant la grosse chaleur et pouvoir tranquillement nous baigner ou nous balader avant l’arrivée d’une plaie qui débutait avec Juillet et durait jusque fin Août dans les eaux Grecques : la navigation en « flottillas », laquelle permettait… ce qui n’est pas mal en soi, à n’importe quel novice n’ayant jamais hissé une voile, d’aller de crique en crique, tous en bande, surveillés, aidés, dépannés, par les loueurs des bateaux. Heureusement, je n’avais pas la VHF car nous aurions entendu en rafales des…«  Chef chef !... Mon écoute est coincée que dois-je faire ?... Chef chef je dérive vers les cailloux au secours ! »...etc…etc…

Ce jour-là, il y avait un vent de Nord particulièrement fort. La partie Sud de Lefkas très montagneuse, possède une multitude de rias plus ou moins profonds encastrés entre des falaises généralement abruptes. Après avoir doublé l’extrémité Sud Est de l’île, remontant contre le vent, on laissa la pioche tomber presqu’au fond de l’une d’elle, en baie Sivota.

Nous sommes allés à terre… faire pisser le chien, nous promener et nous envoyer une micro boukali de retzina, réservant une table à la taverne de service. Nous sommes revenus à bord sur les coups de six heures pour... l’happy hour.
Bien installés à l’ombre d’un taud dans le cockpit, nous allions célébrer… la quotidienne messe du soir, c’est-à-dire prendre l’ouzo ou de la retzina avec des zakouskis.

Tandis que sur l’air de « Regina choeli » nous allions entonner le premier gorgeon en même temps que notre cantique préféré : Retzina chérie, ouzo, mavro crassi… précédée de cris, rires, exclamations diverses, leurs VHF crachotantes et également hurlantes à plein tubes, une flottilla. de dix voiliers de taille respectable avec 4 poilus ou poilues à bord de chacun se pointa dans le goulet sinueux.
Il y avait toute la grande baie pour prendre place et mouiller… hélas, ils s’agglutinèrent comme des mouches autour du « Béligou ». Les uns après les autres, ils laissèrent tomber leur petites ancres au bout de 3 mètres de chaîne prolongée par vingt autres mètres d’un bout, probablement une vieille drisse, grosse comme un doigt.
D’abord déçus de voir s’achever notre moment de paix joyeuse, bientôt on se « tapa sur les cuisses » car le spectacle du mouillage des apprentis cap-horniers se déroula sous nos yeux ébahis. Les rafales assez fortes du vent les firent draguer puis chasser les uns après les autres. Certains s’abordèrent avec les cris et insultes qu’on imagine. Chaque fois qu’ils remettaient leur ancre à l’eau… ils dérapaient à nouveau en poussant des hurlements désespérés. Nous étions écroulés de rire… ce qui n’est pas bien charitable !
Nous étions presque à la fin de notre office vespéral lorsque le Chef flottilla (voir note : [2] ) prit le taureau par les cornes, c’est-à-dire une aussière qu’il alla amarrer au tronc d’un cyprès…pas loin. Tous s’amarrèrent les uns aux autres après avoir frappé un bout sur l’aussière commune… non sans avoir mouillé à nouveau leur ancre selon les recommandations du Chef… hélas presque les unes sur les autres, ce qui fit sans doute un joli sac de nœuds sur le lit de sable et vase… Le calme relatif revint enfin sur la rade.

L’heure de la soupe avait sonné. le Zodiac nous amena sapés avec chemise ou chemisier et shorts propres. La gargote était déjà plus que remplie par les gens de la flottilla, et de ce fait le service traîna à n’en plus finir. Avec l’arrivée de la nuit, le vent était devenu glacial. J’ai proposé d’aller chercher des petites laines pour les deux dames qui… refroidissaient plus vite que les moussakas et brochettes tant attendues.

Tandis que je grimpais à bord, ma tête apparut au niveau du pont. Profitant que j’avais une main sur les barreaux de l’échelle et que de l’autre je tenais l’amarre du zodiac, le chien vint me faire des amours mal venues, avec léchouilles du visage. Grimpé sur le pont, j’ai chassé la bête de ma main rendue libre et de l’autre… lâché le bout du zodiac qui partit à une vitesse incroyable emporté par le vent de Nord.

Ne pouvant perdre mon annexe indispensable avec son moulin, j’ai plongé et après une très longue course, rattrapé l’engin fugueur qui avait dérivé presque à la vitesse de ma nage. Je suis revenu à bord, pour me changer, crevé et gelé… mais au moteur HB.

  • Tu en as mis du temps ! commenta son équipe…alors qu’ils avaient assisté a la scène en attendant la soupe qui se faisait toujours attendre et qu’ils étaient morts de rire autant que de faim.
    • Tu avais entendu l’appel d’une Sirène ?
  • Non…J’ai battu un zodiac à la course !
    Dans la nuit, les rafales devinrent démentes. Le raffut du clapotis contre la coque d’acier, ainsi que quelques soubresauts anormaux du voilier me firent jaillir de ma couchette !
  • Deboutte la dedans !... Au poste de manœuvre !... On chasse à grande vitesse !
    • Cà t’apprendra à te moquer des autres !... ricana madame Kerdubon en démarrant le moteur, tandis que j’allais relever le mouillage.

Le temps de remonter la chaîne, de démarrer Mercedes, et de rentrer le taud qui faisait tape cul, nous étions déjà dans le goulet qu’on enfilait en… marche arrière, tant le vent s’était renforcé entre les falaises.
Revenant au plus près du rivage au fond de la baie, loin de la flottilla où régnait la panique générale, j’ai mis mes cent mètres de chaîne à l’eau, garanti de ne plus bouger, même si toute l’île appareillait ! Dans sa démence, le vent emportait les unes après les autres à chaque rafale une poignée de tables et de chaises du restaurant, le linge étendu et quelques volailles non rentrées au poulailler. Au fond des bannettes, nous avons retrouvé le sommeil où nous l’avions laissé


La baie de Sivota Sivota les passes

Port Atheni en Meganisi et Kalamos
Les miles, les jours et les mille et une nuits, passaient sous le soleil sans qu’on voie le temps s’écouler. Notre périple nous mena dans une baie paisible de Port Atheni au Nord Est de d’île de Méganisi, puis à port Kalamos dans l’île du même nom.
Au lieu d’être éveillés comme bien souvent, par les coqs chantant fièrement bien avant l’aube, ce furent les braiments d’un âne qui en avait marre d’avoir passé toute la nuit amarré à un arbre, qui nous tira des bras de Morphée. Dans ce minuscule port, des pêcheurs s’activaient déjà autour de leur barque, entassant vaille que vaille filets et casses-croûtes, tandis que le propriétaire du bourricot, peut-être venu de l’intérieur montagneux, devait cuver à l’abri de quelque soupente accueillante près de l’auberge.

Kastos, Atoko et Vathy en Ithaque
L’oiseau Béligou passa entre les îles de Kalamos et Kastos. Le vent s’engouffrant dans ce chenal étroit nous poussait à grande vitesse. Nous avons longé Atoko pour finalement pénétrer dans la somptueuses baie de Port-Vathy en Ithaque.
C’était le point le plus Sud de cette première partie de notre croisière d’été. Vathy La ville était écrasée de chaleur, n’offrait guère d’intérêt. Nous avons eu la chance de prendre l’unique petite place disponible à l’abri du bon dieu de vent de nord derrière la jetée. Pas un chat n’était en vue ! On aurait dit que tout le monde dormait… et c’était le cas ! En Grèce, la sieste de 13 à 17 h.00 était sacrée, la vie active et mouvementée, se prolongeant facilement ensuite jusqu’à 2 ou 3 heures du matin. Par contre, la ville était fort animée de l’aube à midi. Les quais du port servaient d’emplacement au marché. Des caboteurs en bois venus d’autres îles déchargeaient directement leurs cargaisons de fruits et légumes, dans une débauche d’odeurs, de cris et de couleurs invraisemblables.
L’équipage du « Béligou » affréta deux scooters pour explorer la partie Sud de l’île. Si notre expédition ne manqua pas de pittoresque et de risques, les routes finissant toutes en chemins caillouteux et poussiéreux, longeant parfois des précipices abrupts, elle nous offrit des points de vue extraordinaires de beauté, mais ne nous montra point les ruines du kastro d’Ulysse que des grattouilleux cherchent toujours en vain depuis des décennies.

  • Dame c’était pas du granit… mais du bois leurs châteaux d’époque ! Y a longtemps qu’ils l’ont brûlé pour cuire leurs brochettes… tu penses Hortense !
    • Non, pas la Reine Hortense… Pénélope mon cher !


Kioni
Le voilier fit demi-tour vers le Nord, découvrant entre autres baies très abritées, Port Kioni au nord-est d’Ithaque, un endroit superbe et peu fréquenté ces années-là (voir note : [3] ) . Une bonne longueur de quai bordait la partie nord du village bien engoncé contre la montagne. A l’intérieur, du village, en remontant vers le fond de la baie, on découvrit beaucoup de ruines de maisons abandonnées probablement suite à un tremblement de terre relativement récent. Beaucoup de fleurs agrémentaient les haies de verdure bordant les chemins, des oiseaux sifflaient, c’était d’un calme apaisant.



Fiscardo
Appareillant à l’aube, c’était la pétole, le vent étésien était plus paresseux que nous. Mercédès tourna rond. Au nord d’Ithaque, il se leva assez fort. La voile sur un seul bord nous amena à l’entrée du chenal menant à Fiscardo au nord de l’île Céphalonie.
Vu la sinuosité du long chenal et l’animation régnante, j’ai chatouillé le démarreur. Le superbe moulin refusa de ronronner ! Cette fois ce n’était pas un effet des olives... trop mûres.... que j’avais du accuser un peu légèrement. Il fallut se résoudre à amarrer zozo le long du bord et nous servir de son moteur pour aller au mouillage.
C’est une autre expérience pour qui me permit de comprendre le mystère de la mécanique, en voyant que la sortie du réservoir à gas-oil avec son premier filtre, était à bâbord et non au centre. A la gîte sur tribord, le large réservoir (200 litres) placé assez haut puisqu’il était juste sous le cockpit au dessus du moteur, s’il n’était pas suffisamment rempli de gas-oil, permettait à l’air qu’il contenait alors, d’être aspiré directement à la crépine, par la pompe qui fatalement désamorçait. La seule solution qui résolut le problème fut d’avoir toujours ce réservoir de 200 litres, rempli au moins à 50% de sa capacité. Simple… mais pas facile d’en avoir l’idée !... et pas très pratique !



Sivota le retour
Vent étésien de face dès la sortie du chenal entre les montagnes. Remontée nord jusqu’en baie Sivota. Cette fois j’ai mis les cent mètres de chaîne à l’eau ! Arrivée d’une nouvelle flottilla. L’un des voiliers s’amarra carrément à moi. Malgré le vent fort, pas de problème, d’autant plus que les quatre occupants étaient sympathiques. C’étaient... des bouchers de La Villette ! L’expérience qu’ils vivaient les enthousiasmait. Ils ne déplorèrent qu’une chose... la façon dont leurs collègues Grecs découpent la viande... qui ne vaut pas la Charolaise !



Viycho chez Konidaris
Dernière étape pour les cousins, remontée en baie Gonion en face de Nidi steno. Le voyage aller, j’avais repéré un petit chantier, je m’étais renseigné à son sujet. « Si tu peux y aller tu auras de la chance ! »... disaient les uns… « Les frères Konidaris sont très très spéciaux ! »... disaient les autres… « Quant au père et à la mère…ce sont des cas ! »…clamait l’unanimité.
D’un coup de zodiac, j’y suis allé de bonne heure le matin. La mère me montra une banquette de la salle à manger. Toute la famille, père, petits enfants, et enfin les frères vinrent me regarder de près. Finalement, presque une heure après, sans que rien ne se soit passé ni dit, à part des échanges de regards et des sourires, la mère apporta une tasse de café grec, épais comme de la purée et tous attendirent en me regardant, tandis qu’un ange passait. La mère saisissant une petite cuillère pour sucrer le brai liquide, je lui souris pour dire :

  • Metrio parakalo !... C’était comme si j’avais prononcé une parole magique, l’atmosphère se détendit, les mouches reprirent leurs vols.
    • Milate Elliniko ? (vous parlez Grec)
  • Né... ligo !...et corrigeant…Poli ligo !... Avoir demandé le café à peine sucré au lieu de ne rien dire… ou refuser…c e qui de toute évidence aurait été une insulte, avoir agrée au fait constaté que je parlais un peu… un petit peu le Grec… toutes les portes me furent ouvertes.
    Quand, comment et combien, ne furent plus que des formalités.


Le chantier
Monter les 12 tonnes d’acier jusqu’au sec, les déhaler pour les parquer là où le voilier passerait l’hiver parmi d’autres, sous les eucalyptus et cyprès, n’était pas une formalité, encore moins une petite affaire d’une heure comme chez nous avec un travel lift. Toutefois, on pouvait noter un net progrès en Grèce : la fée électricité avait remplacé la chaudière à vapeur pour actionner un treuil antédiluvien… qui peut-être avait servi pour les trirèmes Gréco-Romaines ?... Ce treuil enroulait un câble frappé sur les deux patins d’un ber. Le câble passait dans quelques chapes, de grosses poulies ouvrantes, bien ancrées au sol ou bien amarrées à de gros arbres, pour démultiplier l’effort de la traction.

C’était le père Konidaris qui officiait aux commandes du treuil. Kiriakos le plus jeune fils dirigeait la manœuvre. Vangelis, l’aîné, fort comme une paire de bœufs, poussait de l’épaule, lorsque le ber déplacé sur des rondins fut glissé sous la coque du voilier et mis dans l’axe de la montée à terre.

Le ber en place, le voilier amarré dessus, la montée cahotante commença. Tout le monde présent sur le chantier, car il y avait des curieux, ainsi que les équipages d’autres bateaux, devait participer. C’était surtout symbolique afin de montrer la solidarité de tous. Au fur et à mesure que le ber avançait sur la terre ferme, les rondins laissés derrière étaient remis devant. C’était carrément des troncs de petits Eucalyptus, il fallait 2 types pour les porter, tandis que Vangelis aurait presque pu en tenir un sous chaque bras !



Les cousins allèrent choper un mini ferry qui les amena à Patras.
Madame Kerdubon et moi avons désarmé le voilier et retrouvé les joies de la solitude… à deux, pendant une dizaine de jours, Le chien apprit à monter seul la haute échelle rudimentaire qui l’amenait à bord. Descendre était plus difficile. Généralement à mi parcours après cinq ou six barreaux, le poids de l’arrière train l’emportait sur celui de la tête. La bête dévalait alors le reste des échelons d’une façon impressionnante, mais jamais ne loupa son coup. Elle devint donc indépendante… comme ses patrons, à part qu’eux… n’osaient pas aller mendier à la cuisine de Madame Konidaris, qui fleurait bon les spécialités Grecques

Kiriakos baptisé « Le voyou » à cause de ses rouflaquettes et de sa silhouette en lame de couteau, nous invita au restaurant. Il nous révéla que si j’avais osé prononcer une parole, ou m’énerver en m’impatientant lors de la cérémonie de l’accord de montée sur le chantier… jamais nous aurions dîné si joyeusement ce soir-là. Leurs clients sélectionnés devaient s’adapter à leur propre façon de vivre et savoir qu’il n’y avait pas de chose urgentes, peut-être des gens pressés… pas les Konidaris. La rétzina puis le mavo crassi coulèrent en abondance… directement au fond des estomacs pour sceller nos bonnes relations.

Chaque matin, la maman des frères tapait sur un gong vers les dix heures et ceux qui avaient eu personnellement l’honneur d’être invités par le père, se rendaient à la cérémonie sacrée du café. Au bout de trois ou quatre jours, on reçut avec gravité leur invitation. Parmi les invités… mais il ne le fut plus, il y avait un Italien qui proposa d’acheter au père Konidaris l’énorme serrure séculaire en fer forgé de la porte du hangar du chantier. Les frères se regardèrent silencieusement puis baissèrent la tête.

  • Tu seras peut-être assez habile pour me la voler, mais tu ne seras jamais aussi rapide que la balle de mon fusil qui te rattrapera forcément !

Une bonne semaine après, on prit un ferry qui nous mena de Nidri à Corfou On embarqua ensuite avec armes et bagages sur un autre ferry de Corfou à Brindisi…. Puis on prit la direction des tours de La Rochelle.

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Carte Kerdubon
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Carte électronique

Kerdubon


[1] ndlr : selon toute vraisemblance par son accès nord, mais Joachim nous l’a déjà expliqué : ces grecs font tout à l’envers ;-)

[2] ndlr : 40 ans plus tard ça ne s’est pas amélioré, ils ont juste adopté des procédures : d’abord arrive le bateau du chef de flottille, qui mouille long et costaud et deux amarres à terre, en « V », puis la flottille arrive, et un premier bateau se met à couple du chef, le second du bateau amiral avec son annexe, va porter l’ancre de l’arrivant, puis va passer son amarre à terre. arrive le deuxième bateau et la manœuvre se répète, comme ça dix fois, s’il il y a 10 bateaux. Un quart d’heure par bateau, ça fait deux heure et demi de manœuvres... C’est pas un métier facile, chef de flottille. Maintenant, certes, ils envahissent tout, mais on préfère encore ça aux mateurs pur jus en location sans assistance, parce que là c’est vite l’horreur. Il est tout à fait possible qu’à cette époque en 1981 Rod Heikell ait été un de ces chefs de flotille, chez Sun Sail à Corfou

[3] Kioni a beaucoup changé, 40 ans après, en particulier avec l’invasion des flotilles (clic sur la photo) Kioni 2017

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