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Pratiques et Techniques de la Plaisance

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Accueil du site > Articles > Traditions et cultures > Navigation traditionnelle > Battelikuak et Trophée Teink .

Rubrique : Navigation traditionnelle

Dans cette rubrique on trouvera également :    (4 articles)

Battelikuak et Trophée Teink (...) Estropadak Le Monotype de Chatou
La voile de Jonque

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Battelikuak et Trophée Teink .Version imprimable de cet article Version imprimable

Publié 7 août, (màj 9 août) par : Négofol   

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Dans l’article sur les Estropadak http://www.plaisance-pratique.com/E..., nous avons évoqué les courses de trainières, véritable institution au Pays Basque espagnol.

En fait, d’autres bateaux traditionnels existent et sont utilisés en régate. On distingue en effet :

  • le batteliku manœuvré par deux rameurs et un barreur qui participe à la nage,
  • le battel par 4 rameurs et un barreur
  • la trainérille par 6 rameurs et un patron
  • la trainière par 13 rameurs et un patron, la catégorie reine

Le battel, la trainerille et la trainière sont l’objet d’une pratique de course codifiée et leurs caractéristiques : longueur, poids etc. sont définies par une jauge qui en limite les variations, ce n’est pas le cas du batteliku (pour le moment ?).

L’origine du batteliku :

En fait, on peut écrire batteliku ou batteleku (–ak au pluriel), la prononciation basque étant ambiguë. Le U final se prononce OU…

Cette catégorie est plutôt représentée en France.

Ce type de bateau était utilisé traditionnellement en petite pêche côtière, surtout par des marins à la grande pêche entre deux campagnes ou des retraités, jusque vers 1960. Ces bateaux naviguaient à l‘aviron et à la voile, avec des formes se prêtant mal à la motorisation, ce qui les a fait remplacer par d’autres types de bateaux.

Les derniers battelikuak traditionnels ont été construits en 1945-48.

La résurrection du batteliku est due à un Socotar (= habitant de Socoa, port sur la baie de Saint-Jean-de-Luz) M. Jean-Pierre Laquèche, qui en a cherché un pour son usage dans les années 70. Il n’a pu en trouver que peu de survivants, souvent en très mauvais état et a fini par acquérir en 1979 un des derniers, abandonné dans le port de Socoa, l’Ago Lo, construit en 1948.
Avec l’aide des frères Ordoqui, dont le père avait construit le bateau au départ, le bateau est restauré (reconstruit en fait) en 1979. (Article dans le Chasse-Marée n° 16).

En 1989, le bateau est donné à l’association de conservation du patrimoine naval local Itsas-Begia et M. Laquèche le remplace par un batteliku, Ttapikoa, le premier en polyester, fabriqué dans un moule tiré de la coque de l’Ago Lo chez Ordoqui.

Ce moule sera d’ailleurs utilisé pour réaliser une bonne partie de la flotte actuelle. Un autre moule est créé au chantier Marin à Ciboure (avec un mannequin tiré de la demi-coque ci-dessous, à l’ancienne...). Ces deux chantiers existent toujours et proposent des battelikuak.

Naturellement, la présence de plusieurs unités commence à susciter des régates amicales dans la baie de Saint-Jean-de-Luz.

En 1991, Philippe Martiarena et Alexandre Dunoyer (un photographe) font construire un batteliku chez Ordoqui avec lequel ils vont réaliser en août 1992 un raid par étapes couvrant toute la côte basque de Saint-Jean-de-Luz à Bilbao.

Le Trophée Teink

Ce raid, soutenu par une bourse « Défi Jeunes », aura un certain retentissement, en particulier avec la publication d’un livre de photographies.
Il est alors décidé de rééditer le raid et une association est créée : Ur Ikara, à cet effet.

Dès 1993, 8 bateaux participeront et c’était parti pour une réédition annuelle.
Le Trophée Teink est une course en batteliku exclusivement à la rame qui se déroule sur six jours fin juillet - début août. Trait d’union entre la Biscaye, le Guipúzcoa et le Labourd, ce raid part de Bilbao et rallie Saint-Jean-de-Luz après plusieurs escales (le trajet varie un peu suivant les années).

En 2019, le trajet du 27ème Trophée était Castro Urdiales –> Saint-Jean-de-Luz soit 85 MN (15+13.5+15+13+11+17.5).
23 bateaux ont participé à cette édition, qui s’est terminée le 03 août à Saint-Jean-de-Luz.

Si au départ le raid se faisait alternativement dans les deux sens, le sens Ouest -> Est s’est progressivement imposé car la route inverse peut être très difficile en fonction de la météo sur cette côte pas toujours très hospitalière…

Les premiers Trophées étaient conviviaux et amicaux et ça continue, même si le côté compétition s’affirme de plus en plus chez certains. Le Trophée reste du style austère, avec logement en camping dans des gymnases ou trinquets et franchement amateur !

Au fait ne cherchez pas quel est le sponsor qui se cache derrière le nom du Trophée : Teink est le cri des ligneurs basques quand ils ferraient un thon et veut dire quelque chose comme « Tiens bon ! ». C’était le nom du batteliku du premier raid, tout simplement (Le nom du bateau était une idée de Mikel Epalza, l’aumônier des marins de Socoa) !

Aujourd’hui :

La renaissance du batteliku est bien affirmée et une cinquantaine d’unités existent aujourd’hui, essentiellement au Pays Basque français. Le plus grand nombre est naturellement visible au port de Socoa. Notez Teink et Manuela, deux bateaux cités dans cet article, toujours d’attaque !

La majorité de ces bateaux est en verre-polyester (pas de fibres exotiques avec le poids minimal requis), avec cependant quelques bateaux en bois, traditionnels (bordés en pin rivés cuivre sur membrures ployées en robinier) ou plus moderne (bois-époxy). Ils ont été construits localement par de petits chantiers artisanaux ou associatifs et quelques amateurs.|

Un peu de technique :

Il n’y a pas de jauge stricte.

Un batteliku se caractérise par sa longueur qui varie de 5 à 6 mètres, sa largeur de 1,30 mètre à 1,50 mètre (au maître bau) et son creux de 60 à 70 centimètres. Le déplacement lège est de l’ordre de 250 kg, afin de préserver la stabilité et de maintenir la compétitivité des bateaux traditionnels en bois (par comparaison, une trainière de course de 12 m pèse environ 200 kg…).

Les formes :

Le batteliku appartient à toute une famille de carènes similaires de tailles variées du Pays Basque, caractérisées par des formes pincées à l’avant et à l‘arrière, une étrave et un étambot verticaux, voire légèrement inversés et un frégatage plus ou moins marqué. Un connaisseur peut reconnaître le chantier au seul examen du bateau…

Les avirons :

Les battelikuak, comme les autres bateaux basques se sont convertis quasi-totalement au carbone pour les avirons, qui restent cependant traditionnels de forme : pelles plates symétriques notamment.

Les avirons (artaunak) utilisés mesurent environ 3 m, contre 3.6 m pour les trainières de courses.

Sont aussi utilisés des bancs de nage fixes et des tolets simples (en Ertacetal en général et plus en bois) et un simple erseau textile pour retenir l’aviron.

La nage :

Jusqu’à maintenant, nous avons décrit une chaloupe traditionnelle, classique même si un peu folklorique et qui n’a dans le fond rien d’extraordinaire… j’en vois qui baillent.

Ce qui fait l’originalité du batteliku est la nage utilisée, qu’on peut voir sur cette vidéo de l’arrivée du Trophée 2019 :

MPEG4 - 4 Mo

Cette méthode à deux avirons à tribord et un à bâbord arrière est très peu courante, voire unique et je n’en connais pas d’autre exemple !

Le rôle du barreur est considéré comme moins exigeant physiquement, mais est très technique. Avec un bon barreur le sillage est parfaitement rectiligne, malgré la dissymétrie propulsive. En plus, c’est lui qui gère la route et négocie les vagues…

Les premiers battelikuak utilisaient une technique classique, similaire à celle des trainières, avec un aviron de chaque bord et un barreur avec son aviron à l’arrière. C’est ce qu’on voit sur les photos des premiers Trophées Teink.

L’histoire (vraie pour une fois) de cette nage surprenante met en scène le traditionnel vieux pêcheur assis sur le banc, accessoire indispensable de tout port, de Socoa disant à M. Laquèche : « c’est bien gentil tout ça, mais vous vous y prenez vraiment mal, je vais vous expliquer... ! », et le vieux pêcheur d’exposer la méthode ci-dessus…

M. Laquèche en a parlé à M. Albizu, qui l’a essayée discrètement sur la Nivelle. Les résultats lui ont parus assez convaincants pour l’utiliser en 1993 au Trophée Teink sur son batteliku Manuela…

L’innovation avait d’ailleurs attiré l’attention du réalisateur de la seule vidéo (de très mauvaise qualité, c’était avant le numérique) que j’ai pu trouver sur le Trophée 1993, qui a filmé les iconoclastes sur Manuela à côté des « traditionnalistes ».

Trophée Teink 1993
Manuela : l’innovateur La technique « classique »

Deux ans plus tard toute la flotte utilisait la technique ancestrale ressuscitée…. et toujours universellement pratiquée.

Plutôt malins les anciens, non ?

Nota :

Le Trophée Teink a suscité la création au sein de la Fédération Française d’Aviron d’une section « Banc fixe », alors qu’auparavant le FFAv ne s’occupait que des sièges à roulettes, et a été longtemps la seule épreuve reconnue au plan national, mais a aujourd’hui des émules....

Et puis, le batteliku n’est pas réservé aux gros costauds poilus en bérets basques…

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En 2019, un équipage de trois filles et un équipage mixte...

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